En soutien au peuple tunisien

Quinze ans après la révolution de décembre 2010 et janvier 2011, le peuple tunisien qui s’était débarrassé de l’autocrate Ben Ali et était alors une référence dans la perspective des « révolutions arabes » se retrouve à nouveau dirigé par un autocrate autoritaire, réactionnaire et réprimant les libertés démocratiques.

Note sur la situation actuelle en Tunisie 
Par Henri Mermé. Le 16 décembre 2025.
Le coup d’État institutionnel
Candidat indépendant à l’élection présidentielle de 2019, bénéficiant d’une image de probité, Kaîs Saîed est élu au second tour avec 72,7 % des suffrages exprimés, face à l’homme d’affaires Nabil Karoui.
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Le 25 juillet 2021, dans un contexte de blocages politiques et de la pandémie de Covid-19, il s’octroie les pleins pouvoirs. Il démet des membres du gouvernement et gèle les activités du Parlement, puis le dissout, ce qui constitue un « coup d’État institutionnel »  selon ses opposants.
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En 2022, il abroge la Constitution de 2014 et en fait adopter par référendum une nouvelle. Celle-ci – caractérisée par un pouvoir exécutif fort – fait référence à l’islam comme objectif de l’État et source du droit dans le cadre d’un processus contesté.
La dérive autoritaire s’accentue
Peu à peu, il accentue, au fil des années, la dérive autoritaire du régime en s’attaquant aux libertés démocratiques. Quiconque critique le Président – militant·es, journalistes, élu·es, activistes de la société civile, juristes ou avocats – peut se voir condamné·e et se retrouver en prison, accusé·e sans la moindre preuve de complot contre l’État.
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Et, pendant cela, la situation économique et sociale ne cesse de se dégrader et le racisme de se développer contre les migrant·es sub-saharien·nes.
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Il est cependant aisément réélu en 2024 pour un second mandat. Le scrutin est qualifié de verrouillé par l’opposition et de nombreux médias et observateurs. Il est, de plus, marqué par la plus forte abstention à une élection présidentielle depuis l’avènement de la démocratie en 2011.
Un climat de répression généralisée
Désormais, ce même pouvoir multiplie les actions répressives à l’encontre d’opposant·es et de journalistes. À l’initiative de Kaïs Saïed, il donne libre cours à des mesures réactionnaires : renoncement à l’égalité femmes/hommes en matière d’héritage, rejet de l’abolition de la peine de mort, refus de la dépénalisation de l’homosexualité.
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Ces faits s’inscrivent dans un climat de répression généralisée, de criminalisation des mouvements sociaux et de l’action civique, de condamnations à des peines souvent très lourdes d’emprisonnement des opossant·es et d’étouffement méthodique des libertés démocratiques.
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Depuis quelques mois se sont multipliées les tentatives d’intimidation envers différentes associations démocratiques en particulier la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. Les activités du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux et de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates ont été suspendues pendant un mois pour des motifs anodins. Enfin le Pouvoir s’en prend de différentes façons à l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens organisation historique depuis la période de lutte pour l’indépendance.
L’affaire du « complot contre la sûreté de l’État »
Les premières arrestations massives dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État » ont ouvert la voie à une stratégie visant à criminaliser la dissidence et à soumettre la justice aux injonctions du pouvoir.
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Le 27 novembre 2025, cette dérive atteint son paroxysme : le tribunal d’appel prononce 824 années de prison en quelques heures, sans accusé·es, sans défense, sans procès réel. Un verdict politique.
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Depuis, la machine répressive s’emballe :
  • Maître Ayachi Hammami, arrêté pour avoir dénoncé l’arbitraire ;
  • Chaïma Issa, militante et journaliste, arrêtée en pleine manifestation ;
  • Néjib Chebbi, 81 ans, figure historique de l’opposition, arrêté à son tour ; ainsi que des activistes, blogueurs, journalistes, avocats, syndicalistes et membres de la société civile.
Certains ont pratiqué des grèves de la faim en protestation contre ce déni de droit. La Prisonnière Cheyma Issa, 17e jour de grève de la faim dans sa cellule de Manouba. Le Prisonnier Ayachi Hammami, 15e jour de grève de la faim dans sa cellule de Mornaguia.
Une régression terrible
Au total quinze ans après la révolution de décembre 2010 et janvier 20111révolution de la dignité, le peuple tunisien qui avait réussi à se débarrasser de l’autocrate Ben Ali et qui était à l’époque une référence dans la perspective des « révolutions arabes »2Printemps arabe en particulier lors des deux Forums Sociaux Mondiaux qui ont eu lieu en 2013 et 2015 à Tunis se retrouve à nouveau dirigé par un autocrate autoritaire, réactionnaire et réprimant les libertés démocratiques !
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La solidarité internationale doit être à ses côtés dans la perspective que le peuple tunisien puisse se débarrasser de ce nouveau dictateur et retrouver à nouveau l’entièreté des libertés démocratiques et des droits sociaux auxquels il aspire.