La Palestine interdite de conférence

L’administration américaine a refusé leurs visas aux représentants de la Palestine. Le 22 septembre, la diplomatie franco-saoudienne porte pourtant une « déclaration sur le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États » encore plus drastique que lors d’Oslo.

ONU : l’Autorité palestinienne interdite de conférence

Par Eugène BEDOC. Le 17 septembre 2025.

L’acte est fort : l’administration américaine a retiré ou refusé quatre-vingts visas à l’Autorité palestinienne et à l’Organisation de libération de la Palestine1https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250830-onu-paris-denonce-refus-americain-octroi-visas-responsables-palestiniens. Nouvel affront à l’alternative que tente de maintenir El Fatah face à la stratégie du pouvoir militaro-religieux du Hamas.

Le 22 septembre, à distance de l’administration américaine, la diplomatie franco-saoudienne porte une « déclaration sur le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États ». S’y sont explicitement ralliés la Ligue arabe (dont l’Égypte, la Jordanie, le Qatar), cinq membres du G7 (Canada, Italie, Japon, Royaume-Uni), deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne (dont l’Espagne, l’Irlande) ainsi que la Norvège, la Turquie, le Sénégal, le Brésil, l’Indonésie.

Les conditions imposées à l’Autorité palestinienne sont encore plus drastiques que dans le parrainage nord-américain des accords d’Oslo (voir l’analyse de Rafaëlle MAISON reprise sur notre site).

Les perspectives restent donc on ne peut plus sombres. D’où l’importance des mobilisations citoyennes, de l’engagement des syndicats et de la gauche pour le droit à l’existence du peuple palestinien.

Le temps est moins aux diplomates qu’aux militaires et aux aménageurs

L’État israélien entame l’édification d’une nouvelle colonie de 3 400 logements à Maalé Adounim, à dix kilomètres à l’est de Jérusalem. L’opération coupera définitivement en deux la Cisjordanie et parachèvera la main mise sioniste sur Jérusalem, la ville internationale des trois religions du Livre.

L’apartheid et l’annexion de fait se renforcent en Cisjordanie au moment même où la population de Gaza est privée de son droit à l’existence, victime de crimes contre l’humanité et d’une famine sciemment organisés par la hiérarchie militaire et étatique israélienne.

L’histoire n’était pas écrite.

L’Autorité palestinienne a, en vain, sollicité, le 11 novembre 2023, l’appui de la Ligue arabe et de l’Organisation de coopération islamique sans obtenir autre chose que des déclarations générales.

Nos mobilisations européennes n’ont pas — jusqu’à présent — imposé à nos gouvernements des sanctions immédiates. Obsédés par les fractures en Amérique du Nord et sur notre continent que provoque cette inaction, les gouvernements occidentaux maintiennent des relations avec les militaires et les services de renseignement d’Israël et des régimes autoritaires du Moyen-Orient.

Que la diplomatie française se soit activement rapprochée de l’Arabie saoudite pour le 22 septembre, sans un débat politique national, est inquiétant.

Tout reste à faire.

Au-delà du soutien actif à Médecins sans frontières, il nous faut exiger un soutien immédiat et sans faille à la sauvegarde des moyens de l’agence de l’ONU pour les réfugié·es palestinien·nes. La destruction totale de Gaza, où résidaient trois générations de réfugié·es pour un effectif d’environ un million 400 000 de personnes, vient de précipiter dans la plus extrême précarité l’intégralité des Gazaoui·es.