La « Sécu », une ambition à retrouver
En octobre 2025, la Sécurité sociale fête ses quatre-vingt ans. Fondée dans une France de l’après-guerre où tout était à reconstruire, elle s’est imposée comme une institution fondamentale. Pourtant, peu connaissent sa véritable histoire. Léo Rosell – auteur d’un ouvrage récent sur « La Sécu » – la rappelle dans un entretien.
La « Sécu », une ambition à retrouver ? Entretien avec Léo Rosell
Par Raphaël Martin. Publié le 23 septembre 2025 sur le site LVSL.
En octobre 2025, la Sécurité sociale fête ses quatre-vingt ans. Fondée dans une France de l’après-guerre où tout était à reconstruire, elle s’est imposée comme une institution fondamentale. Pourtant, bien peu connaissent sa véritable histoire : pour beaucoup, la Sécurité sociale, ce sont les remboursements des soins de santé grâce à la carte vitale, mais aussi un « trou », toujours plus profond. Or, l’ambition initiale de la Sécurité sociale n’était pas d’être rentable, mais de mettre la population « à l’abri du besoin » et d’en « finir avec la peur du lendemain ». Née d’une alliance inédite entre un État social émancipateur et un mouvement ouvrier puissant, elle était pensée comme le socle d’une démocratie sociale nouvelle. C’est ce que rappelle Léo Rosell dans un ouvrage qui vient de paraître, intitulé La Sécu, une ambition perdue ? De la solidarité à la rentabilité (JC Lattès). Membre fondateur du Vent Se Lève, agrégé d’histoire, il réalise une thèse de doctorat sur Ambroise Croizat.
LVSL – Pour commencer, qu’est-ce que la « Sécu » ?
Léo Rosell – La « Sécu », c’est le nom que l’on donne communément à une institution centrale dans notre quotidien, la Sécurité sociale, avec une majuscule. Ce surnom montre aussi la dimension affective qu’on lui porte, et d’ailleurs, en 2020, 88% des Français se disaient fortement attachés à la Sécurité sociale. Cette institution garantit en effet un système obligatoire de protection sociale, dont bénéficie l’ensemble de la population, de la naissance à la mort, et qui prend en charge de nombreux risques sociaux, comme la maladie, la vieillesse, les accidents du travail, la maternité ou encore, depuis quelques années, la perte d’autonomie.
La Sécurité sociale repose sur un modèle de solidarité nationale et intergénérationnelle. On le résume souvent par le principe suivant : « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins », ce qui signifie que le système est financé principalement par des cotisations sociales et redistribue ces sommes sous forme de prestations.