Langues ostracisées

Une chanson écrite et enregistrée à l’initiative de Francis Cabrel, nous offre l’occasion de revenir sur la situation particulière de la France. C’est l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Pour nous, ces langues enrichissent le patrimoine culturel national.

Langues ostracisées

Par Jean-Marie Fouquer. Le 19 septembre 2025.

Un traité européen

La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires est un traité européen, proposé sous l’égide du Conseil de l’Europe. Il a été adopté en 1992 par son Assemblée parlementaire. L’objectif est de protéger et favoriser les langues historiques, régionales et les langues des minorités en Europe.

La France demeure l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir ratifié cette charte. Le prétexte : l’article deux de la constitution de la Cinquième République selon lequel « la langue de la République est le français ».

Au Bureau européen pour les langues moins répandues, la branche française regroupe dix communautés linguistiques : breton, catalan, corse, langues créoles, allemand/alsacien, basque, luxembourgeois/mosellan, flamand, occitan et langues d’oïl.

La France a bien signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le 7 mai 1999. Le Conseil économique et social des Nations unies a donc, en 2008, « suggéré » et « recommandé » à la France d’« envisager » la ratification de cette Charte.

Langues que l'on appelle minoritaires
Comme les étoiles éclaboussant la jupe de la nuit
Que serait la lune sans vos éclats
Sinon une lumière unique au milieu de l'espace vide.
[...]

Gilles Servat, « Yezhoù Bihan », Sur les quais de Dublin, 1996, https://youtu.be/Dj_bN3mWez8?feature=shared
Le rejet de 2015

L’Assemblée nationale a adopté en janvier 2014 un amendement constitutionnel permettant la ratification du traité. Il s’agissait d’une promesse de campagne de François Hollande, devenu président de la République en 2012. Le Sénat devait débattre de l’amendement proposé entre le 27 octobre et le 3 novembre 2015. Ce « possible » traité concernait uniquement les langues qui sont encore parlées et non celles qui ont disparu. Étaient concernées : « le basque, le breton, le catalan, le corse, le néerlandais (flamand occidental et néerlandais standard), l’allemand (dialectes de l’allemand et allemand standard, langue régionale d’Alsace-Moselle) et l’occitan ».

Le texte a finalement été rejeté par le Sénat le 27 octobre 2015, sans même qu’il y ait un débat sur le fond et alors que le projet présenté par le Gouvernement en édulcorait déjà largement la portée au travers d’une déclaration interprétative très restrictive.

La Charte ayant été signée, mais pas ratifiée, la France n’a mis en vigueur aucun engagement.

La position d’ENSEMBLE!

Pour sa part, Ensemble ! considère que, loin d’être un anachronisme folklorique, loin d’être une menace pour l’unité nationale, les langues et cultures régionales et minoritaires, tout comme les langues et cultures issues de l’immigration, enrichissent le patrimoine culturel de l’Hexagone. Elles ne relèvent pas de la seule sphère « privée » des individus. Composante de la réalité culturelle de la France, elles doivent pouvoir trouver leur pleine expression et leur possibilité de développement dans l’espace public, en particulier au sein des services publics de radiotélévision et de l’éducation. Ce qui menace le pacte républicain et le « vivre ensemble », ce sont les discours de discrimination et de ségrégation qui stigmatisent les chômeurs, les pauvres, les étrangers, les habitants des quartiers populaires.

Communiqué de Ensemble Bretagne. Langues régionales ou minoritaires

Une initiative salutaire

Saluons donc l’initiative de Francis Cabrel. Cette année, à son invitation, neuf chanteuses et chanteurs de « langues régionales » (basque, breton, occitan, catalan, créole, corse, alsacien) issu·es en majorité des Rencontres d’Astaffort1Les Rencontres d’Astaffort, crées en 1994 par Francis Cabrel sont devenues une référence dans le milieu musical, une sorte de villa Médicis de la chanson. se sont rendus dans un studio pour trois jours d’un enregistrement pas comme les autres… La chanson « Un gramme de terre » a été écrite à l’occasion du documentaire « Une langue en plus » (France Télévision.).

Le résultat mérité d’être partagé :