Le NFP et le « maintien de l’ordre »
Eugène Bégoc rappelle que les interpellations de syndicalistes ou d’activistes avant les manifestations sont devenues monnaie courante. L’intimidation est la règle. Pire, la hiérarchie politique et policière use et abuse d’une force disproportionnée. Heureusement, la LDH vient d’attaquer, devant le Conseil d’État, le schéma obligatoire sur les violences urbaines.
Le Nouveau Front populaire face au maintien de l’ordre selon Retailleau
Par Eugène Bégoc. Le 29 septembre 2025.
« Il n’est pas manifeste à la lecture de la procédure que sa participation à l’affrontement ait été active voire avérée » : des juges des libertés et de la détention ont censuré en ces termes de nombreuses mises en cause policières de manifestant·es, les 10 et 18 septembre.
Deux poids, deux mesures
On cherchera en vain, par contre, des mises en cause policières contre les 2 000 manifestant·es de la FNSEA qui manifestaient ce 26 septembre. Est-ce leur action contre la censure de la loi Duplomb ? La concurrence du syndicat proche du RN contre cet organisme d’employeur proche de LR ?
Les consignes de Retailleau ont été laxistes : l’intimidation des fonctionnaires des douanes, des impôts et de la Direction des Territoires et de la Mer à Béziers ne semble pas devoir avoir de suites judiciaires.
On a ici une nouvelle fois la démonstration qu’il faut rendre indépendant le parquet de l’exécutif, de Darmanin en l’occurence.

Depuis la violente répression des manifestant·es qui refusaient la loi El Khomri, les mêmes exactions se répètent.
Que ce soit pour les « gilets jaunes », lors du rejet de la casse des retraites ou du refus du budget Bayrou, ce fut pareil.
Les interpellations de syndicalistes ou d’activistes avant les manifestations sont devenues monnaie courante. Et, au soir des manifestations, les conférences de presse ministérielles égrènent les chiffres d’interpellations, de garde à vue, etc. L’intimidation est la règle.
Pire, la hiérarchie politique et policière use et abuse d’une force disproportionnée. La Brigade motorisée de la répression des actions violentes — par exemple — a molesté au petit matin du 10 septembre la députée du Nouveau Front populaire Danièle Simonnet et d’autres consommateurs et consommatrices d’un café du 20ᵉ arrondissement parisien.
Incident isolé ? Non ! Produit d’un système en réalité, désormais écrit noir sur blanc.
Une circulaire du ministre extrêmement dangereuse
En effet, le 25 août, Retailleau a adressé à tous les services territoriaux de la police nationale le schéma national des violences urbaines (SNVU).
Le 11 septembre, la Ligue des Droits de l’Homme vient d’attaquer cette circulaire devant le Conseil d’État. La motivation du recours doit amener toutes les organisations de gauche, et spécifiquement les élu·es du Nouveau Front populaire – au niveau local, national ou européen – à soutenir activement la campagne de la LDH.
Celle-ci précise, dans son communiqué :
« dans le cadre de manifestations déclarées ou de violences urbaines, ce schéma prévoit la possibilité pour la police d’empêcher la présence de journalistes ou encore l’activation de brigades policières non formées à la gestion de foules protestataires, comme le RAID qui est notamment chargé d’arrêter un périple meurtrier ou des terroristes et a donc une réponse particulièrement violente. »
Le 17 septembre, saisi par l’intersyndicale des journalistes, le Conseil d’État a rendu une ordonnance en référé-liberté sur cette circulaire.
Le ministre démissionnaire de l’Intérieur – en réponse aux mémoires des syndicats et de Reporters sans frontières – a substitué au SNVU un « guide opérationnel » sur les violences urbaines, circulaire expurgée de l’empêchement d’exercice des journalistes.
Notre site reviendra prochainement sur ce schéma et plus généralement sur les campagnes qu’appellent ces choix de Retailleau, Darmanin et des hiérarchies policières.