Loi européenne de retour des immigrés
Le règlement sur le retour des migrants déboutés du droit d’asile et la création de centres de rétention hors d’Europe, a été adopté par le Parlement européen le 17 juin. Les différents groupes de droite et d’extrême droite se sont accordés sur l’immigration. C’est une éclatante victoire de l’extrême droite.
La loi européenne de retour des immigrés illégaux
Une éclatante victoire de l’extrême droite
Par Francis Sitel. Le 28 juin 2026
Un vote passé presque inaperçu
Il est des évènements d’importance qui, sur le moment, peuvent passer presque inaperçus.
On peut craindre que ce soit le cas du règlement retour des migrants déboutés du droit d’asile. Il prévoit la création de centres de rétention hors de l’Europe. Ce texte a été adopté par le Parlement européen le 17 juin (par 418 voix pour et 218 voix contre).
Si Macron a fait entendre une désapprobation, l’affaire est restée discrète. Elle n’a suscité ni réelles protestations ni appels à mobilisations…
Une victoire pour l’extrême droite
Pourtant elle mérite l’attention de quiconque veut comprendre la montée des extrêmes droites en Europe et s’interroge sur comment y porter un coup d’arrêt.
C’est une formidable victoire que François-Xavier Bellamy — député européen, vice-président des Républicains, artisan de l’accord entre les différents groupes de droite et d’extrême droite – a offerte à ces extrêmes droites.
Et, même, une triple victoire.
1) Démonstration est faite que l’accord entre les droites et les extrêmes droites est possible. De plus, loin de susciter une mobilisation des forces de droite modérée et centriste pour s’y opposer, il provoque leur division. « L’union des droites » est sérieusement en marche à l’échelle européenne…
2) Cet accord porte sur la question cruciale, quasi identitaire, pour l’extrême droite : celle de l’immigration. Par cette brillante opération, François-Xavier Bellamy donne acte que c’est l’extrême droite qui est dans le vrai depuis toujours sur la question de l’immigration.
3) L’adoption de cette réforme valide le déploiement d’une argumentation fallacieuse. On prétend qu’il s’agit de lutter contre « l’immigration clandestine », d’obliger les « illégaux » (des déboutés du droit d’asile) à quitter le territoire comme décidé par la justice. Qui refusera d’admettre qu’un État de droit ne peut pas indéfiniment tolérer l’illégalité ? Et, puisque les lourdeurs administratives empêchent que la légalité s’impose, pourquoi ne pas recourir à une mesure efficace : envoyer les personnes concernées dans des centres de rétention dispersés aux quatre coins du monde, dont on négociera l’installation avec certains États (en échange de contreparties économiques). Bref un souci d’efficacité, exempt de tout racisme.
Une rhétorique anti-immigration
Comment ignorer ce que cache fort mal cette rhétorique hypocrite ? Les prétendus « illégaux » sont toutes celles et tous ceux dont les forces réactionnaires jugent qu’ils n’ont pas réellement leur place ici, que notre « chez nous » n’a pas à tolérer leur présence…
Désigner les déboutés du droit d’asile – une infime minorité, la plus fragile – c’est jouer d’un leurre.
C’est bien la question de l’immigration qui est en cause, réalité massive dans ce monde mondialisé, travaillé par de multiples crises qui se traduisent par d’importants mouvements de population.
Et, dans des sociétés touchées par le déclin démographique, la venue d’immigrés est de plus en plus souhaitable… sans que cela autorise à agiter l’épouvantail du « grand remplacement ».
Certes on voit que pour une partie de la population cette réalité est grosse d’angoisses et de fantasmes, que les forces réactionnaires exacerbent et instrumentalisent.
Des enjeux humains et politiques
Quant aux réels enjeux humains et politiques, ces mêmes forces se gardent bien de les aborder, bien incapables qu’elles sont d’y répondre.
En revanche, elles savent afficher leur disponibilité pour mener une politique brutalement autoritaire, qui ne s’embarrasse ni du respect des droits humains, ni de la crainte de dérapages racistes.
Elles viennent de le prouver au Parlement européen en approuvant la création de ces centres de rétention externalisés.
Les États-Unis de Trump mettent des moyens considérables au service d’une politique de rejet des immigrés. C’est l’insécurité généralisée pour toutes les personnes d’origine étrangère qui ont fait leur vie dans la société américaine.
L’Europe a mieux à faire que de mettre ses pas dans ceux du trumpisme !
Quant aux forces progressistes et antiracistes, elles devraient témoigner le plus vite possible qu’elles sont déterminées à ne pas laisser faire.