Situation à hauts risques en Kanaky
Le peuple kanak est confronté à une situation à hauts risques. Il lui faut trouver un accord assurant véritablement la décolonisation de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie. Or, l’accord de Bougival, sur plusieurs points décisifs, apparaît en retrait par rapport à l’accord de Nouméa et non respectueux de résolutions de l’ONU.
Kanaky/Nouvelle-Calédonie. Une situation à hauts risques
Par l’équipe d’animation de la commission internationale d’ENSEMBLE!. Le 6 août 2025.
Avoir confiance ?
Qui a eu l’idée d’ajouter à l’intitulé « Projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie » ce titre pompeux de « Pari de la confiance » ? C’est oublier qu’en matière de confiance, le problème relève moins du pari que de la construction. En conscience de l’ampleur et de la difficulté de la tâche.
Quelle confiance le peuple Kanak devrait accorder à un camp anti-indépendantiste dont les principaux représentants affichent de longue date et confirment leur détermination à maintenir la mainmise coloniale sur « leur » Nouvelle-Calédonie ?
Quelle confiance le peuple Kanak peut-il donner à un État français responsable d’une colonisation brutale de Kanaky, et qui témoigne toujours de son incapacité à respecter la dignité et les droits des Kanak ?
Et aussi, quelle confiance mérite ce gouvernement qui a imposé, contre l’exigence légitime d’un report, un troisième référendum dont les résultats biaisés sont présentés comme confirmant la fin du processus de décolonisation engagé par les accords de Nouméa ?
Et également ce Président proclamant que « la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie », ce qui valait ralliement aux principes de la droite calédonienne (et plus généralement d’une grande partie de la droite et de l’extrême droite), le même ayant promu Sonia Backès membre de son gouvernement ?
La recherche d’un compromis
Il aura fallu l’explosion sociale en Nouvelle-Calédonie, avec ses violences, ses destructions et une répression scandaleuse qui se prolonge, pour interrompre ce cours politique catastrophique dont la dynamique était grosse du risque d’une nouvelle guerre coloniale.
Macron a alors décidé de confier à Manuel Valls la mission de rechercher un compromis politique entre les diverses composantes calédoniennes, afin de permettre l’apaisement et de dessiner un projet d’avenir pour le pays. Cet éventuel compromis tourne autour de la notion, certes très floue, d’indépendance association.
Les négociations menées par Manuel Valls, d’abord en Nouvelle-Calédonie, ont conduit à proposer l’idée d’une « souveraineté de la Nouvelle-Calédonie avec la France ». Ce qui a soulevé l’opposition virulente de la droite calédonienne et hexagonale, sa dénonciation d’une indépendance masquée lui a permis de faire capoter le projet.
Le nouveau round de négociations, cette fois en France, à Bougival, a débouché sur une nouvelle formule, d’un État de Nouvelle-Calédonie dans la France (car inscrit au sein de l’ensemble national). Celle-ci prête le flanc à l’idée d’un marché de dupes, un pseudo État fantoche servant à interdire toute perspective d’une réelle indépendance.
Une proposition ambiguë
L’ambiguïté de la notion, aussi inédite qu’énigmatique, interroge.
Certains y lisent la possibilité d’une voie originale de décolonisation progressive susceptible d’assurer un devenir assumé par les différentes composantes calédoniennes.
Mais beaucoup sont loin de partager cet optimisme et considèrent que la formule concédée aux droits des Kanak relève de la pure rhétorique, et que la réalité du projet d’accord est d’empêcher l’autodétermination du peuple kanak et son accès à la pleine souveraineté.
À quoi s’ajoute que lors du conclave de Bougival a certainement pesé le chantage à l’urgence d’un soutien économique au territoire. On ne saurait non plus oublier que Manuel Valls est susceptible d’être désavoué par un gouvernement dans lequel dominent les nostalgiques du colonialisme français. Et comme ce gouvernement apparaît lui-même en sursis, nul ne saurait dire de quoi demain sera fait…
Des forces indépendantistes critiques
Alors que la droite calédonienne dans l’immédiat s’efforce, en dépit de ses divisions, de se positionner en soutien au projet d’accord, les forces indépendantistes se montrent très critiques et sont confrontées à des difficultés et divisions importantes. Des débats des principales composantes du FLNKS se dégagent majoritairement des jugements sévères à l’égard du projet issu des négociations de Bougival, et le rappel que ce qui est issu des négociations n’est qu’un projet. Certaines se prononcent nettement pour le rejet de ce dernier. C’est également le cas du syndicat USTKE, d’institutions coutumières et de l’Église protestante. Le FLNKS va tenir prochainement congrès pour décider de sa position officielle.
Le droit à la libre détermination
Le peuple kanak est confronté à une situation à hauts risques, car il lui faut relever le défi de ce que devrait être un accord assurant véritablement la décolonisation de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie. Tel n’est pas le cas de l’accord de Bougival, qui sur plusieurs points décisifs apparaît en retrait par rapport à l’accord de Nouméa, et non respectueux de résolutions de l’ONU selon lesquelles « Tous les peuples ont le droit à la libre détermination ; en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement économique, social et culturel. »
Le peuple kanak est seul à même de prendre les décisions concernant son avenir. Dans la situation présente, la solidarité avec lui est plus impérative que jamais.
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