Sur l’électorat libéral-conservateur
Les errements de LR, premier parti de droite dans le maillage territorial, et l’insignifiance de Renaissance n’ont pas découragé les électorats de droite ce 15 mars. Eugène Bégoc rappelle que le peuple de gauche doit faire face à une forte mobilisation de tout ce que l’hexagone peut compter de libéraux-conservateurs.
Mettre en échec l’électorat libéral-conservateur
Par Eugène Begoc. Le 15 mars 2026.
Les errements de LR, premier parti de droite dans le maillage territorial, et l’insignifiance de Renaissance n’ont pas découragé les électorats de droite ce 15 mars.
Le peuple de gauche a à faire face à une forte mobilisation de tout ce que l’hexagone peut compter de libéraux-conservateurs.
Le résultat d’une fabrique liberticide de l’opinion
Réalisée par IPSOS BVA pour le CEVIPOF, Le Monde et la Fondation Jean Jaurès, une enquête préélectorale conséquente éclaire les ressorts de cette mobilisation. Elle mesurait, il y a deux semaines, le décrochage dans les opinions publiques de l’exigence environnementale. Cette dernière est détrônée par l’obsession de l’immigration et de la sécurité et par la crainte des crises internationales. Un tel cocktail, on le sait, se capitalise dans les urnes sur les candidats conservateurs.
Plus inquiétant encore : depuis des mois, les partis de droite et une grande partie des dirigeants économiques minimisent leur face-à-face avec le Rassemblement National. Cette nouvelle marche dans la normalisation politique et médiatique de l’inacceptable a, à juste titre, suscité l’alerte conjointe de Sophie Binet et Marylise Léon. Ce fut un des rares évènements de gauche de cette campagne électorale.
À l’opposé, depuis des mois, le MEDEF met abondamment en scène sa convergence avec l’exigence centrale de Bardella : mettre fin aux cotisations sociales obligatoires.
L’exploitation du meurtre du néo-nazi lyonnais
Le tournant essentiel de la campagne municipale a été le meurtre d’un militant néo-nazi le 11 février.
L’instruction tente encore de clarifier les zones d’ombre qui ont séparé le violent passage à tabac de l’intervention des services de secours. Les droites, qui multipliaient les listes rivales dans les métropoles et les villes moyennes, ont sciemment court-circuité la phase judiciaire pour faire chorus avec les extrêmes droites.
Le trait d’union ? Surjouer le soutien politique à Nunez pour la dissolution de Jeune Garde en 2025 dans le but de renvoyer dos à dos Mélenchon et le RN pour proscrire de « l’arc républicain » un parti de gauche ordinaire : LFI.
En vérité, depuis des mois, chaque crise de l’Assemblée nationale voyait Bayrou et Lecornu manier ce double ostracisme. Ils y condamnaient sur un même plan Le Pen, chef de parti, et Panot, cheffe des député·es insoumis·es.
Faire face à la nouvelle droite
Sur quelles orientations les états-majors des droites canaliseront-ils l’afflux de candidat·es et de suffrages de ce 15 mars ?
Renaissance est passé de 267 député·es en 2017 à 169 en 2022 et 92 en 2024. Son effacement dans le renouvellement des conseils municipaux en cours est la conséquence, entre autres, de la casse par Élisabeth Borne du régime des retraites et de l’impact régressif dans l’assise électorale des droites. Peu de précédents d’une telle déroute existent dans les partis de droite européens, si ce n’est Forza Italia.
En dix ans, Renaissance a totalement échoué à entamer le quadrillage territorial de LR. Il a échoué dans les conseils régionaux et départementaux comme dans les villes moyennes, notamment en deuxième ceinture en Île-de-France. Larcher et Retailleau se disputent la direction des Les Républicains, ce lointain héritier du parti unique de la droite fondé au sortir du duel de Chirac et Le Pen. Édouard Philippe et Horizons sont, eux aussi, en campagne.
La gauche syndicale, politique et associative est au pied du mur au soir de ce premier tour.
L’État de droit menacé
Nous devons recentrer nos combats pour affronter les axes de la refondation des droites françaises.
L’État de droit tel que l’ont imposé les années 68 est dans le collimateur. À vrai dire, le programme de la refondation est déjà écrit : il s’agit de « l’État fort », dans la continuité du programme de 2016 de Juppé.
Il n’est que temps de formuler notre projet politique d’opposition de gauche.