Violences intercommunautaires en Syrie
La Syrie a connu, fin juillet, un épisode violent dans le sud du pays. Des affrontements meurtriers ont impliqué l’armée syrienne, des milices druzes et bédouines, ainsi que les forces israéliennes. Pour éclairer les lecteur·rices, nous proposons la lecture de trois articles dont l’un sur la fragmentation du pays.
Les violences inter-communautaires en Syrie et l’avenir de la transition
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La Syrie a connu un événement extrêmement violent dans le sud du pays, mettant en avant la question druze, une minorité ethno-confessionnelle également présente au Liban, en Jordanie (dont le ministre des Affaires étrangères est issu) et en Israël, avec des liens transnationaux importants. Tout part d’un incident local, le 11 juillet 2025, opposant un marchand druze à des coupeurs de route bédouins, dans une région largement défavorisée et paupérisée.
La récente explosion de violence à Souweïda (sud de la Syrie) ravive d’anciens différends entre Druzes et Bédouins, nourris par des rivalités autour du contrôle des terres – champs cultivables, pâturages – mais aussi des routes de contrebande, notamment de drogue, devenues un moyen de survie local. Derrière cet affrontement, c’est une dynamique régionale plus large du Sud syrien qui se dessine, jusqu’aux confins de la Jordanie.
Cet arrière-plan avait éclaté au grand jour fin mars 2025 lorsqu’en direct à la télévision, un représentant bédouin interpella avec virulence le président Ahmed Hussein Al-Charaa, juste après la nomination du second gouvernement de transition, pour dénoncer l’absence de représentants du Sud. Al-Charaa lui répondit que le gouvernement comprend bien un ministre originaire du Sud : il s’agit en réalité d’un Druze de Souweïda, ce qui ne fait que confirmer la marginalisation ressentie dans d’autres composantes sociales du Sud.
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Lire la suite de l’article de Philippe Droz-Vincent « Les violences inter-communautaires en Syrie et l’avenir de la transition »
Que s’est-il passé dans le sud de la Syrie ?
Par Publié le 25/07/2025 par Les clés du Moyen-Orient.
« Notre but est de maintenir le sud-ouest du territoire syrien en tant que zone démilitarisée ; nous ne permettrons pas l’établissement d’un second Liban dans ce secteur » affirmait le mardi 15 juillet 2025 le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu [1] ; quelques heures plus tôt, son ministre de la Diaspora, Amichar Chikli, appelait à « éliminer » le président syrien Ahmed al-Sharaa sans délai, le caractérisant de « terroriste » et de « barbare meurtrier » [2], tandis que le ministre de la Défense Israel Katz promettait que l’Etat hébreu « continuerait de frapper les forces du régime syrien […] et ne tarderait pas à intensifier ses opérations contre [ce dernier] » s’il ne retirait pas ses troupes du sud de la Syrie [3].
Que s’est-il passé à nouveau en Syrie, un peu plus de six mois après la chute de Bachar al-Assad et l’instauration d’un nouveau régime dominé par les islamistes du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et leurs alliés ? Le sud du pays est en effet en proie à des affrontements meurtriers depuis le 13 juillet, impliquant l’armée syrienne, des milices druzes et bédouines, ainsi que les forces israéliennes. De fait, en dépit des événements politico-militaires de décembre 2024 présentés bien souvent – à tort – comme la victoire d’une rébellion syrienne unie et homogène [4] contre le régime d’Assad, le pays reste particulièrement morcelé suivant des lignes politiques et ethnoreligieuses que vient aggraver l’ingérence militaire marquée de diverses puissances étrangères, en particulier la Turquie et Israël.
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Lire la suite de l’article d’Émile Bouvier : « Frappes d’Israël, affrontements impliquant la nouvelle armée syrienne, des milices druzes, des combattants bédouins… Que s’est-il passé dans le sud de la Syrie ? »
Vers un Etat fédéral de Syrie ?
Par Publié le 01/08/2025 par Les clés du Moyen-Orient
Avant même le renversement du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, la communauté internationale et les chercheurs spécialisés sur la Syrie constataient la « fragmentation » du pays, morcelé en territoires loyalistes, kurdes, turcs ou encore rebelles islamistes, sans compter la présence d’acteurs exogènes soutenant lesdits blocs, qu’il s’agisse des Etats-Unis, de la Russie, de l’Iran ou d’organisations paraétatiques comme le Hezbollah libanais. Si la victoire des rebelles islamistes menés par le HTS a conduit à l’installation à Damas d’un nouveau président ayant promis lors de son premier discours officiel l’unité d’une Syrie « inclusive » [1] à l’égard de toutes ses populations, de récents événements ont souligné non seulement la fragmentation quasi-structurelle dont pâtit toujours le pays mais, plus encore, la pente autonomiste, voire fédéraliste, que défendent ou commencent à emprunter certaines régions syriennes, au grand dam des autorités.
En effet, en dépit des vœux d’unité et de cohésion nationale officiellement prononcés par les nouvelles autorités syriennes, des exactions de grande ampleur ont été commises ces derniers mois par des éléments de leurs forces de sécurité – ou par des milices qui en sont leurs alliées – à l’encontre de minorités ethnoreligieuses en Syrie : qu’il s’agisse des massacres contre les alaouites en mars dernier ou de ceux subis par les druzes en avril et en juillet derniers, des populations spécifiques peuplant des pans bien définis du territoire syrien se trouvent désormais marginalisées et ne pourront que difficilement investir le jeu politique syrien comme des acteurs de plein droit et complètement intégrés. Cet état de fait est renforcé par la situation des Kurdes syriens qui, dans l’est du pays, continuent de contrôler de facto un tiers du territoire syrien en dépit d’un accord signé avec les autorités syriennes en mars dernier prévoyant l’intégration des forces et institutions kurdes dans celles des nouvelles autorités syriennes, et dont l’application tarde à produire ses premiers résultats.
Dans ce contexte, l’arrivée au pouvoir du HTS va-t-elle consacrer la fragmentation de la Syrie déjà initiée durant l’ère baathiste ? Le fédéralisme [2] est-il la solution pour un pays où les identités ethnoreligieuses sont aussi marquées et qui a déjà connu, à des degrés divers et en différents points de l’histoire, des formes d’autonomie et de fédéralisme ? C’est à ces questions que cet article va tâcher de répondre en rappelant les expériences plus ou moins fédéralistes qu’a pu connaître la Syrie par le passé (I) avant d’en venir à la fragmentation du territoire sous l’ère Assad (II) et au repli communautaire depuis les exactions commises depuis le changement de régime (III). […]


