L’adoption de la loi Duplomb et la présentation du budget 2026 ont suscité une large émotion dans le pays. Claude Debons s’interroge sur les possibilités de mobilisations à la rentrée. Il rappelle le rôle actif que nous devons jouer dans nos syndicats ou associations, mais aussi dans les initiatives citoyennes.
Quelques réflexions personnelles…
La rentrée sociale sera-t-elle chaude ?
Par Claude Debons. Le 31 juillet 2025.
Deux évènements politiques qui viennent de se produire — l’adoption à la hussarde de la loi Duplomb aux conséquences délétères et la présentation des grandes orientations du Budget 2026 par Bayrou accentuant encore les inégalités fiscales et sociales — ont suscité une large émotion dans le pays.
En réaction, des évènements dans la période attirent notre attention :
• Tout d’abord l’incroyable succès de la pétition lancée par une jeune étudiante contre la loi Duplomb. Se mêlent dans un même mouvement, des préoccupations environnementales, des inquiétudes de santé publique, des exigences démocratiques aussi vu les conditions d’adoption de cette loi. Une révolte de la société civile en quelque sorte. Jusqu’où et comment peut se prolonger ce sursaut citoyen à la rentrée ?
◦ Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective. – Plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale…
• Ensuite cette pétition rassemblant l’ensemble des syndicats qui hier encore étaient divisés, notamment sur les négociations du conclave des retraites. Les plus modérés ont eu le sentiment d’être floués. Le fait qu’ils se réunissent à nouveau après avoir adoptés des démarches différentes au lendemain du mouvement contre la réforme des retraites est important. On ne préjugera pas de l’ampleur de la suite à cette heure, mais, les marges de négociations réduites sur le budget devraient favoriser la perspective d’une mobilisation sociale unitaire à la rentrée…
◦ Pétition · Budget : les sacrifices pour le monde du travail ça suffit !
◦ Argumentaire intersyndical (pour chaque mesure du budget, un menu déroulant permet de voir les conséquences. Outil très utile pour argumenter)
• Enfin, l’annonce par la présidente du Mouvement associatif (700 000 associations) de la réflexion en cours dans leur mouvement sur une forme de mobilisation dans les mois qui viennent, perspective reprise également par le délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés. Face à un budget 2026 qui « serait une catastrophe », le monde associatif s’apprête à se mobiliser à la rentrée. Il faut dire que les subventions aux associations seront particulièrement affectées par les restrictions budgétaires. Ces perspectives n’impactent pas directement la rentrée sociale mais participent du mécontentement général…
• S’y ajoute un improbable appel qui se dit « apolitique » autour d’un tryptique « Boycott, désobéissance, solidarité » qui appelle à paralyser la France à partir du 10 septembre. Ce mouvement est né sur les réseaux sociaux et se revendique indépendant des partis et des syndicats. Il serait prudent de se garder de jugements péremptoires quant à la trajectoire et l’ampleur que cela peut prendre sur le terreau du mécontentement profond des citoyens.
Selon des militants syndicaux insérés dans ces milieux, les tentatives d’instrumentalisation par l’extrême-droite ont été écartées. Comme les gilets jaunes en leur temps, cela peut refléter un mal-être populaire passé en dessous des radars des organisations traditionnelles… auquel il faut être attentif et, là où on le peut, aller voir ce qu’il en est vraiment pour ne pas être surpris comme lors du mouvement des gilets jaunes..
◦ Voir l’article suivant par exemple : « « Bloquons tout » : ce que l’on sait de l’appel à paralyser la France le 10 septembre. »
• Un événement international, aux effets différés, mais impactant, vient de se produire. La capitulation de l’Union européenne devant les diktats douaniers de Trump pousse déjà le patronat exportateur, soutenu par des politiciens de droite, à chercher à « compenser » par des gains de productivité/compétitivité les 15 % de droits de douane qui renchérissent leur production exportée aux USA. Avec à la clé des revendications pour de nouvelles aides publiques aux entreprises et de nouvelles exigences de flexibilité accrue et de régression des droits sociaux…
Le projet de budget Bayrou va-t-il réussir à liguer contre lui syndicats, associations et partis de gauche dans une grande mobilisation populaire unitaire ? Il est trop tôt pour le dire, car il y a des inconnues auxquelles il est difficile de répondre à ce stade.
Le pouvoir peut tenter de diviser les adversaires du projet et essayer d’entrainer des organisations modérées dans un nouveau conclave trompe-l’œil. Peu probable qu’il le tente, encore moins que ça puisse marcher après le fiasco du conclave « retraite ». Mais surtout, enfermé dans ses dogmes ultra-libéraux, ses marges de manœuvre pour modifier sensiblement le budget apparaissent réduites pour séduire grand monde.
Le mouvement social qui s’était mobilisé puissamment contre la réforme des retraites a-t-il digéré la défaite subie malgré des manifestations massives (mais des grèves faibles) et aura-t- il le sentiment que, cette fois-ci, on pourra gagner ? Difficile de répondre avec assurance, mais le ressentiment devant les attaques antisociales à répétition peut fournir le carburant à une remobilisation.
Alors qu’un formidable sursaut populaire, lors des dernières législatives, avait permis de barrer la route du pouvoir à l’extrême droite, quelles auront été les conséquences des divisions ultérieures des partis de gauche et écologistes, et des polémiques récurrentes qui ont suivi, sur le moral des troupes ? Le paysage divisé à gauche peut-il peser négativement alors que l’objet de la mobilisation contre le budget Bayrou porte de fait l’exigence d’une politique alternative et donc d’une alternative politique crédible ?
Pour toutes celles et ceux qui s’opposent à ce gouvernement et qui aspirent à une rupture avec le néolibéralisme et le productivisme, il n’y a pas à tergiverser, il faut être des éléments actifs pour la réussite de la mobilisation à la rentrée, dans nos syndicats ou associations bien sûr au premier chef, mais aussi dans les initiatives citoyennes diverses.
Enfin, si une mobilisation sociale unitaire massive survenait, elle ferait apparaître totalement incongrue la situation actuelle de la gauche et des écologistes et exercerait une puissante pression en faveur de leur unité sur une politique alternative. Nous n’en sommes pas là. Il faut d’abord tout faire pour que la mobilisation se développe et s’amplifie…




