Pour Alain Bertho, l’appel à une mobilisation populaire est plus fort que les stratégies partisanes. La peur du mouvement oblige le pouvoir à s’adapter. L’unité est vitale pour répondre aux exigences populaires. Il appelle la gauche à s’unir. C’est le seul rempart contre la haine et le risque de fascisme.
L’unité populaire a horreur du vide
Par Alain Bertho. Publié le 2 septembre 2025 par Regards.
Un appel lancé en plein été et une pétition contre une loi écocidaire ont bouleversé les stratégies gouvernementales et partisanes. L’appel à la résistance rassemble quand l’échéancier des scrutins désespère et divise. Jamais la seule éventualité d’un mouvement populaire n’a autant précipité la crise de la politique parlementaire.
« Tout le monde cherche une alchimie électorale mais on ne peut éviter de lutter. »
Myriam Bregman, Parti des travailleurs socialistes argentin
S’il fallait une preuve de la crise d’hégémonie profonde qui mine le pouvoir depuis des mois, en voici une. Quatre semaines après l’appel à « tout bloquer » le 10 septembre, 70% des Français sont favorables à des manifestations contre le budget Bayrou, 63% au mouvement et même 58% au « blocage » du pays (sondage Toluna Harris). Le succès spectaculaire de la pétition contre la loi Duplomb n’était-il qu’un avant-goût du réveil populaire ?
Nous voilà bien loin des atermoiements tactiques et des divisions partisanes dans la bulle de l’Assemblée nationale. Si loin d’un PS toujours prêts à négocier on ne sait quoi, d’un PCF toujours prêt à se distinguer sur tout et n’importe quoi. Loin d’initiatives « unitaires » qui démultiplient les unités partielles et les anathèmes ciblés, dans le temps suspendu des stratégies présidentielles. Loin des rapports de forces électoraux qui mettent le RN au centre, la droite dans sa périphérie hypnotique et transforment la gauche en objet politique mal identifié, plafonnant à moins de 30% des intentions de vote.
Nul ne sait ce qui se passera le 10 septembre et après.
Mais force est de constater que la seule perspective qu’il puisse éventuellement se passer quelque chose a eu la puissance de modifier la stratégie et l’agenda du gouvernement comme de l’opposition. […]




