Le 26 septembre 2019, un incendie se déclenchait au sein de l’usine Lubrizol. Six ans après, l’instruction est toujours en cours ! Et, c’est six ans après les faits, que nous venons d’apprendre que Lubrizol savait, avant l’incendie de 2019, que son usine n’était pas aux normes de sécurité.
Lubrizol, 6 ans déjà ! À quand le procès ?
Par Jean-Marie Fouquer. Le 27 septembre 2025.
Les faits
Le 26 septembre 2019, un incendie se déclenchait au sein de l’usine Lubrizol et des entrepôts de Normandie Logistique à Rouen.
L’usine de produits chimiques de la société Lubrizol est classée Seveso « à haut risque ». Elle synthétise et stocke des produits chimiques utilisés comme additifs pour lubrifiants.
Pour des raisons encore inconnues, le feu a pris en un lieu désormais clairement identifié et a touché une partie des entrepôts de Normandie Logistique et de la zone de stockage de Lubrizol.
Un panache de fumée toxique, opaque, noir et odorant s’est étendu sur une vingtaine de kilomètres et sur environ 6 km de large. Des dépôts noirs, huileux et riches en suies ont été observés au sol, sur les constructions et la végétation. Le vent a localement rabattu les fumées près du sol, de même que la pluie. Le panache a touché le pays de Bray en s’atténuant et se dispersant peu à peu en traversant la région des Hauts-de-France (où des odeurs d’hydrocarbures ont été signalées) vers la Belgique.
Ni morts ni blessés ne furent à déplorer, mais des personnes furent légèrement intoxiquées.
Dans le cadre de la gestion de l’accident, différentes mesures furent prises pour la protection de la population (confinement, fermetures d’écoles, suspension de certaines activités agricoles, etc.).
Toutefois, à la suite de l’incendie, aucun suivi sanitaire n’a été mis en place malgré l’exposition des habitants aux produits chimiques et la contamination de l’environnement.
La préfecture de région s’est voulue rassurante dès le début. Elle a assuré que les analyses de l’air et de l’eau étaient bonnes.
La révélation de la liste des produits impliqués dans l’incendie a tout de même suscité beaucoup d’inquiétude. Selon les associations qui se sont constituées à la suite de la catastrophe, la présence de produits dangereux dans les dérivés des combustions n’aurait pas été mesurée.
Une enquête qui dure
Six ans après l’accident, les investigations judiciaires sont toujours en cours !
Selon Le Poulpe : « « Il y en a encore pour plusieurs années avant d’avoir un rapport d’expertise complet et définitif », prédit une source proche du dossier. Avant cela, une décision de renvoi ou de non-lieu devrait tomber sur le volet pénal. »
Fin septembre 2019, le parquet avait ouvert une enquête pour mise en danger d’autrui. D’autres plaintes avaient suivi, comme celle des syndicats de France Télévisions au nom des salariés de France 3 Rouen Métropole, qui travaillent dans un bâtiment tout proche du site de Lubrizol.
Le 4 octobre, deux communes, Mont-Saint-Aignan et Bois-Guillaume, avaient également porté plainte pour mise en danger de la vie d’autrui. Elles avaient été suivies par le maire de Rouen. Ce dernier portait, de plus, plainte contre X – le 8 octobre – au nom de la commune de Rouen et de la métropole Rouen Normandie. À notre connaissance, 130 plaintes ont déjà été déposées par des particuliers ou élus locaux.
Sur le plan parlementaire, une commission d’enquête sénatoriale a été chargée d’évaluer ces conséquences, mais aussi de proposer des pistes d’amélioration de la politique de contrôle des installations classées et de prévention des risques industriels. Elle a rendu son rapport le 2 juin 2020.
Les conclusions de la commission d’enquête sur l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen ont fait l’objet d’une synthèse.
Elles sont présentées dans la vidéo ci-dessous.
La nécessité d’une information de qualité est rappelée à de multiples reprises. De fait, ce sont les associations et les médias, parmi lesquels le site d’investigation normand, Le Poulpe qui ont publié des révélations sur l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen.
Heureusement, ces associations – Union des victimes de Lubrizol ; Rouen Respire ; Collectif unitaire Lubrizol, Bolloré and Co ; etc. – tout comme la CGT ne lâchent rien.
Nouvelles révélations
Un pur scandale !
Nous venons d’apprendre que Lubrizol savait, avant le violent incendie du 26 septembre 2019, que son usine n’était pas aux normes de sécurité. Ce sont 924 non-conformités qui avaient été recensées en zone explosive dans un rapport d’audit datant de juin 2019. Cet audit était venu s’ajouter au rapport de l’assureur du groupe américain qui avait pointé les failles du dispositif anti-incendie de l’usine qui ont conduit à l’accident.
Le Préfet avait pourtant autorisé, le 13 décembre 2019, Lubrizol à reprendre partiellement son activité. Ceci malgré l’opposition de l’association Rouen Respire qui avait attaqué, devant le tribunal administratif de Rouen, l’arrêté préfectoral.
Mais ce n’est pas tout. Dans un arrêté du 5 mai 2025, la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) a indiqué « qu’à l’occasion de la visite de l’établissement […] le 13 mars 2025 », il restait au moins 377 non-conformités liées à cet audit, dont certaines catégorisées en priorité 1, « à lever dès que possible »… depuis 2019. La préfecture a donc mis en demeure, en mai, Lubrizol France, de résoudre ces divers problèmes dans ses zones explosives. Une mise en demeure qui a été enfin levée le 12 septembre dernier !
La mobilisation continue
Six ans après, nous devons continuer à nous mobiliser toutes et tous, travailleur·euses, riverain·es, défenseur·euses de l’environnement…
Pour que justice soit faite
Pour que soit reconnue la responsabilité de l’État, qui est complice de ce crime industriel et qui continue à être laxiste avec les industriels qui jouent avec notre santé !
Pour que celles et ceux qui ont respiré les produits toxiques du nuage de LUBRIZOL, ceux qui ont nettoyé les suies cancérogènes tombées sur les voitures, les salons de jardins…, ceux dont les crises d’asthme ont empiré, soient indemnisé·es de leurs préjudices par le pollueur LUBRIZOL.
Pour que le registre des cancers et des malformations – recommandé par la commission sénatoriale – soit enfin ouvert.
Pour qu’une campagne grand public soit menée sur les risques liés aux suies cancérogènes, sur l’amiante dispersée dans une partie de l’agglomération, sur les risques liés au benzène.
Pour que des plaquettes d’information soient distribuées aux riverains sur les consignes à suivre !
Pour compléter, vous pouvez lire :
- « Lubrizol le savait bien avant l’incendie » : 924 équipements déclarés non conformes dans un audit datant de juin 2019
- Six ans après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, plusieurs centaines d’équipements encore non conformes en 2025
- Dès juin 2019, Lubrizol avait connaissance de plus de 900 non-conformités sur son site de Rouen
- Lubrizol mis en demeure de se mettre aux normes face au risque d’explosion sur son site rouennais
- Affaire Lubrizol : « Ce n’est malheureusement pas un cas exceptionnel » (président de la commission d’enquête)




