Les droites françaises et leur gouvernement défendent toujours « le droit d’Israël à se défendre ». Eugène Begoc invite à redéployer des solidarités concrètes. Nouer les dialogues avec les démocrates israéliens, tout comme le re-financement de l’UNRWA, l’ouverture d’une ambassade à Ramallah et des jumelages avec les camps de réfugié·es.

Où va la société israélienne ?

Par Eugène Begoc. Le 19 octobre 2025.

Les mois à venir appellent une action de gauche, tant les droites françaises et leur gouvernement restent mobilisés par « le droit d’Israël à se défendre ».

Avec les collectifs « pour une paix juste et durable au Proche-Orient » et l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), nous avons à faire face à de nouveaux défis en matière de solidarité. Les problèmes liés à l’accueil des réfugiés sont désormais démultipliés : de un à un million et demi de réfugié·es supplémentaires alors que les bâtiments et la logistique de l’agence des Nations Unies pour la reconstruction et l’accueil des réfugié·es –  UNRWA – sont détruits. Quant aux criminels de guerre, ils sont assurés de l’impunité à l’image de leurs dirigeants. Les voilà donc libres de poursuivre exactions et pressions politiques pour annexer la Cisjordanie !

Redéployer des solidarités concrètes implique donc de s’interroger sur les forces avec lesquelles jeter des ponts dans la société israélienne.

Le paradoxe est cruel : tolérées aux marges des sociétés européennes, interdites de possession de terres, les communautés ashkénazes ont fondé, il y a un siècle, une armée et une agence juive de peuplement de la zone entre l’Égypte et l’Arabie saoudite. Depuis 1947, la société israélienne est en guerre permanente contre les Palestinien·nes et en conflit récurrent avec les États riverains.

Le dernier évènement de peuplement majeur a été, au lendemain de la chute du Mur, le départ massif des groupes sociaux d’Europe centrale et de l’ex-URSS. Ils étaient plus ou moins liés aux traditions juives. Une partie importante a choisi Israël. Ils représentent une part significative de la population israélienne (12,4%) inférieure toutefois à celle des arabes israéliens (20,8%).

Les guerres britanniques et françaises contre les nations du Maghreb et du Machrek avaient auparavant alimenté un important déplacement des communautés séfarades vers Israël, où elles restent aujourd’hui encore confinées dans un état de grande précarité économique.

En un mot, la société israélienne s’est bâtie sur une répression sans limites des communautés des territoires occupées et sur l’apartheid des arabes israéliens. C’est une société elle-même profondément fracturée et donc ouverte à toutes les surenchères et à tous les extrémismes nationalistes.

En janvier 2023, l’offensive de la coalition de la droite et de l’extrême droite sur la « réforme » judiciaire se heurtait à un puissant courant démocrate. Les couches moyennes rejetaient la remise en cause des pouvoirs de la Cour suprême par l’exécutif et une majorité des député·es.

Autre signe de résistance au nationalisme guerrier et colonisateur : l’armée a eu nombre de difficultés à mobiliser les 300 000 réservistes pour détruire Gaza et intimider la Cisjordanie et le Sud-Liban. Le taux de réfractaires est monté à 40%. L’État a donc fait passer de trente-quatre mois à trente-six la durée du service militaire.

Par contre, le courant sioniste religieux, le parti des colons s’est incrusté dans l’appareil d’État. Il a fait une percée inquiétante dans la Knesset en 2022 (14 sièges sur 120). Il représenterait près de la moitié de l’encadrement militaire de l’infanterie. On assiste à un pourrissement de l’État israélien que le peuple palestinien paie de la négation absolue de son droit à l’existence et à la terre.

Certes, les meurtres de masse du Hamas et d’autres groupes palestiniens, le 7 octobre, ont touché nombre de militant·es connu·es du mouvement de la paix israélien. Il est donc aujourd’hui difficile de savoir comment agiront les démocrates et les militant·es. Nouer les dialogues avec les démocrates israéliens est urgent, tout comme le refinancement de l’UNRWA, l’ouverture d’une ambassade à Ramallah et l’activation des jumelages avec les camps de réfugié·es.

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