Les choix concernant l’avenir de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie sont complexes. Cela n’explique ni ne justifie les errements répétés du pouvoir. Francis Sitel les dénonce et rappelle cet impératif catégorique : la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie. Donc le respect des droits du peuple Kanak. Et aussi le respect du droit international.

Kanaky/Nouvelle-Calédonie – La marche difficile à la pleine souveraineté

Par Francis Sitel. Le 12 décembre 2025.

Que les choix concernant l’avenir de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie soient complexes, nul ne le contestera. Cela n’explique ni ne justifie les errements répétés du pouvoir quant aux réponses qu’il prétend apporter.

La liste en est longue :

  • Imposition du 3ᵉ référendum en décembre 2021, en période de deuil suite au Covid, alors que les Kanak ayant demandé le report, refusaient de participer.
  • Imposition en 2024, malgré de multiples alertes, d’un dégel du corps électoral. Cette annonce allait entraîner une explosion sociale. Le gouvernement y a répondu par une répression très violente (nombreux morts et blessés, arrestations et déportation de militant·es indépendantistes).

Bilan : dégâts économiques, destruction de la confiance et impasse politique.

Incomba à Manuel Valls la mission de renouer les liens et d’explorer une sortie de crise.

Lors du conclave tenu près de Nouméa, il était parvenu à dessiner une perspective : « souveraineté avec la France ». Celle-ci fut immédiatement dénoncée par la droite et l’extrême droite.

Dans le cadre d’un nouveau conclave, à Bougival cette fois, fut avancée une nouvelle formule : un « État de Nouvelle-Calédonie dans la France ». Non plus avec la France, mais dans la France.

Le FLNKS l’a estimé être une rupture avec le processus de décolonisation, donc inacceptable.

Plutôt que d’admettre qu’il fallait remettre l’ouvrage sur le métier et donner les garanties demandées quant à l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple Kanak, le pouvoir a préféré obéir à son tropisme néocolonialiste.

Valls écarté, fut nommée ministre Naïma Moutchou, membre d’Horizons mais peu au fait du dossier : nouvelle visite au pays, nouvel engagement d’ouverture au dialogue…

Paroles verbales, accompagnées d’actes contraires : plusieurs mesures que récuse le FLNKS :

  • D’abord le report des élections provinciales en juin 2026 (le pari étant qu’avant cette date sera imposé le plan concocté à Bougival).
  • Et l’annonce surprise d’une consultation des néo-calédoniens début 2026 sur ce même plan : une inversion du calendrier prévu qui plaçait la consultation après la réforme constitutionnelle (le pari étant que ce sera un moyen de peser sur le vote des parlementaires).

Que de ruses et de bricolages !

Ainsi, la consultation annoncée devoir se tenir avant le 15 mars se voit fixée au 15 mars, jour des élections municipales : deux élections de natures distinctes avec des corps électoraux différents.

Communiqué du FLNKS - 24112025_Page_1

Cliquer sur l’image ci-dessus pour télécharger le communiqué au format PDF

Tout au long de ce déroutant parcours, une continuité : procéder par coups de force, décrétés à Paris. Arrogance suffisante à l’égard des complexités de la société calédonienne, et mépris pour les aspirations du peuple Kanak et des Mélanésiens.

Et toujours l’obstination à ignorer le fait colonial. On fait semblant de croire que pour les rendez-vous électoraux en Nouvelle-Calédonie doivent s’appliquer les « lois de la République », comme en toute autre circonscription du pays.

« La consultation anticipée n’est pas mon idée », explique Naïma Moutchou1Entretien in Le Monde, 2 décembre 2025., qui pourtant persiste à la maintenir, y voyant un moyen de conforter cet accord de Bougival que récuse le FLNKS. Elle y voit la possibilité d’un « compromis entre ceux qui veulent rester dans la République et ceux qui veulent obtenir la pleine souveraineté » (sic).

La recherche de compromis visant à dessiner une transition pacifique, respectueuse des intérêts et aspirations des diverses composantes de la société calédonienne, doit intégrer un impératif catégorique assumé comme tel : la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie. Donc le respect des droits du peuple Kanak. Et aussi le respect du droit international.

Une voie sur laquelle le pouvoir marche à reculons, quitte à multiplier les faux pas.

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Notes
  • 1
    Entretien in Le Monde, 2 décembre 2025.