Au Chili, José Antonio Kast, leader d’extrême droite, a été élu président. Fils d’un soldat nazi et admirateur de Pinochet, il a battu la candidate de gauche. Comment est-ce arrivé ? Un article de Michel Blin, une interview de Raquel Garrido, une émission de France Culture donnent quelques éléments d’explication.
Le Chili, le Brésil et… la France
Par Michel BLIN1Ex-prisonnier politique français au Chili , il vient de gagner un procès civil au Chili contre l’État chilien. Cf. « 51 ans après son arrestation par la dictature de Pinochet, Michel Blin obtient une victoire juridique sur l’état chilien », France 3 Bretagne, 30-10-2024. Le 15 décembre 2025.
Pinochétisme vainqueur
Kast, candidat pinochétiste du Parti Républicain d’extrême droite, est le vainqueur au second tour des présidentielles au Chili.
Pourtant, la candidate de l’Union de la Gauche (« Unie », on ne peut pas le leur reprocher !) – Jeannette Jara – était arrivée en tête au 1ᵉʳ tour. Mais elle ne disposait pas de réserve de voix.
Quant à Kast, il a pu bénéficier du report de voix de candidats pires que lui. C’est le cas de Johannes Kaiser – clone de Milei, président monétariste argentin – et de Franco Parisi, populiste antisystème du Parti de la Gente [des « gens » (sic)].
Comment expliquer ce résultat ?
- Un bilan désastreux du social-démocrate Boric, très modéré, croissance en berne, hausse de l’insécurité ressentie.
- Une campagne calomnieuse des adversaires : la « marxiste-léniniste », la « vénézuelienne », etc.
- Une campagne de Kast, moins agressive contre les femmes, prépondérante sur les réseaux sociaux (Tik-tok) et axée sur l’insécurité (plus imaginée que réelle).
- Un premier vote obligatoire – sous peine d’amende – aux présidentielles. Des votants « obligés » se sont peut-être défoulés contre toute la politique (les exprimés sont passés de 7,1 millions en 2021 à 13,4 millions actuellement).
Une politique chilienne en dents de scie
Pinera, président de droite « normal », avait réprimé l’explosion sociale de 2019-20202Manifestations de 2019-2021 au Chili. Ce mouvement massif avait abouti à l’élection de l’Assemblée constituante3Assemblée constituante (Chili, 2021), de gauche. Bien ancrée à gauche, la Nouvelle Constitution devait remplacer celle de Pinochet de 1980 (votée sous sa dictature). Elle a pris une orientation sociale, féministe, écologiste et de dignité pour les Indiens. Mais, elle a été rejetée à 62% par référendum (premier vote obligatoire).
Boric, ex-étudiant contestataire, social-démocrate, a été élu président à 56 % mais sans majorité au Parlement. Ceci a probablement joué en défaveur de la candidate de gauche – Jara – sa ministre du Travail.
Leçons à tirer : « Un passé qui ne passe pas ! »
Rien d’étonnant dans ce résultat car lors d’un sondage récent, avant les élections, 30% de sondés pensaient que « Pinochet avait raison de provoquer un coup d’État en 73 » et 50% jugent « normal l’intervention de l’armée si un président a failli ».
Voter Pinochet n’est donc plus un tabou. Soit par méconnaissance, car trop jeunes pour avoir connu (transition démocratique de 1990) ; soit par déni, les militaires et civils chiliens-bourreaux ont été peu jugés et condamnés (34% sont déjà morts dans leur lit), contrairement à l’Argentine.
Au Brésil, le vote Bolsonaro a été facilité car les militaires n’ont pas été jugés (dictature de 21 ans, de 64 à 85).
En France, on peut voter pour un parti qui a été créé par (ou a abrité) des membres de l’OAS et les nostalgiques de l’ « Algérie Française » car le bilan politique de la « Guerre d’Algérie » n’a pas été fait. Récemment, le RN a pu faire voter «sa » loi avec les voix de la droite pour supprimer les quelques « avantages » accordés aux migrants algériens par rapport à celles et ceux des autres pays. La rancune est néfaste en politique !
Que se passe-t-il au Chili ?
Reportage de France Info suivi d’une interview de Raquel Garrido.
- Mathilde Allain, enseignante chercheuse à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine et au Centre de Recherche et de Documentation sur les Amériques (IHEAL-CREDA).
- Franck Gaudichaud, professeur des universités en histoire et études des Amériques latines contemporaines à l’Université Toulouse Jean Jaurès
- Daniela Jacob Pinto, doctorante en anthropologie à l’EHESS.
C’est un pays où la hantise migratoire et le spectre de la délinquance effraient plus que les fantômes de la dictature. Un pays longtemps peu ouvert aux flux de populations qui, en quelques années seulement, a vu la proportion d’étrangers dans sa population doubler. Un afflux d’Haïtiens et de Boliviens et surtout de Vénézuéliens qui a coïncidé avec l’implantation du gang Tren de Aragua, venu lui aussi du Venezuela, et l’augmentation du narcotrafic.
Au Chili, l’obsession sécuritaire
Publié par France Culture, le lundi 1 décembre 2025 à 11:00
Six ans après l’estallido social qui avait permis à la gauche de se hisser au pouvoir, l’extrême droite pourrait bien remporter les élections du 14 décembre 2025. Obsessions sécuritaires et nostalgies de la dictature, José Antonio Kast incarne cette nouvelle donne.
Notes
- 1Ex-prisonnier politique français au Chili , il vient de gagner un procès civil au Chili contre l’État chilien. Cf. « 51 ans après son arrestation par la dictature de Pinochet, Michel Blin obtient une victoire juridique sur l’état chilien », France 3 Bretagne, 30-10-2024
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