Des indépendantistes divisé·es

Après la signature, le 12 juillet, du projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, les forces politiques dont les représentants ont cosigné le projet d’accord, se réunissent les unes après les autres. Chacune des forces concernées fait, peu à peu, connaître son appréciation sur le texte. Et les fractures apparaissent.

Le pari de la confiance est-il déjà perdu ?

Par Jean-Marie Fouquer. Le 27 juillet 2025

Après la signature, le 12 juillet, du projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, les forces politiques dont les représentants ont cosigné le projet d’accord, se réunissent les unes après les autres. En effet, les signataires se sont engagés à le défendre auprès de leurs bases. Chacune des forces concernées fait donc, peu à peu, connaître son appréciation sur le texte.

Rappelons que le texte prévoit notamment la création d’un « État de la Nouvelle-Calédonie » au sein de la République, une « nationalité calédonienne » et un partage différencié de compétences. Une formulation que certains dans l’archipel jugent porteuse d’ambiguïtés, voire de divisions.

Le projet sera, quoi qu’il en soit, soumis à un référendum dans l’archipel en février 2026.

Points de préoccupation exprimés

Les indépendantistes soulèvent surtout des inquiétudes concernant « un flou juridique préoccupant » sans « clarification sur les compétences transférées », avec les champs régaliens – justice, défense, monnaie – qui demeurent entre les mains de l’État.

L’accord reste donc fragile côté indépendantiste, avec une acceptation conditionnelle des signataires, mais des réserves importantes des instances politiques et de certaines composantes du mouvement indépendantiste.

En résumé, bien que certains voient dans l’accord de Bougival une étape importante vers la souveraineté, d’autres expriment des réserves significatives et des critiques. Cela met en évidence les divisions au sein du mouvement indépendantiste.

Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS)

Pour le moment, le FLNKS insiste pour présenter ce texte comme un « projet d’accord », et non comme un accord finalisé. Il souligne qu’il doit être soumis aux instances du mouvement pour validation. Il affirme aussi que le texte est encore susceptible d’être amendé avant toute ratification.

Le 23 juillet, le Bureau Politique du FLNKS a indiqué que, « en l’état », le texte signé « soulève un avis très réservé des membres du BP ».

Communiqué Bureau Politique FLNKS 23 07 2025_Page_1

Communiqué du Bureau Politique du FLNKS 23 07 2025

Le BP renvoie donc aux réunions de ses différentes composantes le 26 juillet, puis à sa réunion plénière le 2 août, pour « débattre dans le respect mutuel et statuer sur les perspectives de la poursuite du dialogue sur l’avenir du pays ».

Union calédonienne

De fait, l’Union calédonienne – composante majoritaire du FLNKS (53%) – semble très critique. Sa commission exécutive élargie s’est réunie le 22 juillet et a énoncé de vives critiques. Elle « constate que les fondamentaux du combat du peuple kanak n’apparaissent pas » dans le document signé à Bougival. Le communiqué pointe « de très faibles perspectives de sortir du joug colonial » et évoque « des attributs de souveraineté de façade ».  Il est notamment question du transfert des compétences régaliennes, qui « présente des verrous infranchissables », ainsi que du dégel du corps électoral, présenté comme une « recolonisation de notre pays ». Le communiqué pointe plus loin la méthode de dialogue et « la communication à l’issue de la signature du projet d’accord, qui ne reste à ce stade qu’un projet ».

Ce 26 juillet, le Comité directeur de l’Union calédonienne aurait rejeté en bloc le projet d’accord de Bougival. Si le rejet par les comités régionaux se confirme, cela sonnerait comme un désaveu des signataires de l’accord.

Les autres composantes indépendantistes

Le comité central de l’Union progressiste en Mélanésie, de son côté, a confirmé son soutien au texte qui a été validé par les comités présents lors de la réunion du 27 juillet.

Le Rassemblement démocratique océanien (membre du FLNKS), quant à lui, soutient le projet d’accord et donc la position prise par le président de leur parti qui était à Bougival.

Le Palika (Parti de libération kanak) – qui ne participe plus aux instances du FLNKS mais représente toujours une part non négligeable du mouvement indépendantiste (13%) – a, pour sa part, tenu un congrès extraordinaire pour statuer sur le projet d’accord. Pour le Palika, tout n’est pas acquis, mais il s’agit d’un compromis dans lequel chacun a fait des concessions, parfois difficiles, mais inévitables. Selon lui, « Il n’y a pas de vaincus… Le pays a gagné car la sagesse a fait le travail ».

Le Sénat coutumier

L’instance coutumière kanak (Sénat coutumier), institution garante de l’identité kanak, déplore n’avoir pas été associée aux négociations. Elle considère donc que la conformité de l’accord au droit international est sérieusement compromise. Le Sénat coutumier appelle à ce que le 25ᵉ congrès du pays kanak (fin août 2025) définisse une position officielle collective sur la trajectoire à venir.

Communiqué du Sénat coutumier 24-07-2025 page 1

Communiqué du Sénat coutumier 24-07-2025

Conclusion très provisoire

Confrontée aux divisions au sein du mouvement indépendantiste, l’incertitude est donc grande pour la Kanaky. Il faut espérer que les appréciations divergentes et les dissensions entre groupes ne déboucheront pas sur des divisions trop profondes.

La réunion du FLNKS du 2 août sera un test de sa capacité à offrir une perspective à l’ensemble du peuple kanak.