La France, suivie par l’Allemagne, avait demandé cette semaine la démission de Francesca Albanese, rapporteuse des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés. Cette demande devait être réitérée par la France lors de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (23 février au 31 mars 2026).

Des attaques scandaleuses contre Francesca Albanese

Par Jean-Marie Fouquer. Le 25 février 2026.

La France, suivie par l’Allemagne, a demandé cette semaine la démission de Francesca Albanese, rapporteuse des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés. Cette demande devait être réitérée par la France lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU  qui doit se tenir du 23 février au 31 mars 2026.

Qui est donc Francesca Albanese ?

C’est la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, depuis le 1ᵉʳ mai 2022. Il est utile de signaler qu’elle est la première femme à occuper cette fonction.

Dans le cadre de sa mission, elle se doit de faire rapport sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Quel est le rôle de la rapporteuse spéciale ?

La tâche de la rapporteuse spéciale consiste précisément à évaluer la situation des droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé. Elle doit en rendre compte publiquement. Elle doit travailler avec les gouvernements, la société civile et d’autres parties prenantes pour favoriser la coopération internationale. La rapporteuse spéciale mène régulièrement des visites ou des missions dans le territoire palestinien occupé et présente chaque année un rapport au Conseil des droits de l’homme.

Mme Francesca Albanese a donc recommandé dans son premier rapport – le 18 octobre 2022 – que les États membres de l’ONU élaborent « un plan pour mettre fin à l’occupation coloniale israélienne et au régime d’apartheid ».

Elle a présenté, en juillet 2023, un rapport accusant Israël de transformer la Cisjordanie en une prison à ciel ouvert.

Et, en mars 2024, elle a publié un nouveau rapport intitulé Anatomie d’un génocide. Elle y affirme qu’il existe des « motifs raisonnables » de croire qu’Israël a commis plusieurs actes de génocide dans la bande de Gaza.

Des menaces récurrentes

Mais, à la suite de ce rapport, elle a expliqué qu’elle était victime de nombreuses menaces.

À la suite de la publication du rapport de Francesca Albanese en octobre 2024 sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens, l’ambassade d’Israël auprès de l’ONU à Genève a demandé sa démission.

Fin mars-début avril 2025, plusieurs États (États-Unis, Israël, Pays-Bas, Argentine, Hongrie), des députés français et plusieurs organisations (parmi lesquelles le Congrès juif mondial, l’American Jewish Committee et le CRIF) se sont opposés au renouvellement de son mandat.

Celui-ci est tout de même acté par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui a prolongé ses fonctions jusqu’en 2028.

Des sanctions inacceptables

Cette condamnation répétée d’Israël lui vaut une interdiction de territoire par l’État hébreu. Elle est aussi persona non grata aux États-Unis, qui ont par ailleurs gelé ses avoirs.

Il s’agit là de pressions caractérisées contre l’indépendance de la Rapporteuse spéciale de l’ONU. Ces sanctions sont à mettre en relation avec celles que subissent également plusieurs membres de la Cour pénale internationale (CPI).

À tel point que le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a dû appeler Washington à lever ses sanctions contre Francesca Albanese et à cesser « les attaques et les menaces » à l’encontre des personnes nommées par l’ONU ou par la CPI.

Des allégations mensongères

Tout récemment, les gouvernements français et allemands ont appelé à sa démission, l’accusant d’avoir déclaré lors d’un forum en visioconférence qu’Israël était « l’ennemi commun de l’humanité ».

Or, ces affirmations reposent sur des allégations mensongères. En effet, l’accusation, lancée par le ministre des Affaires étrangères français – Jean-Noël Barrot – fait suite à un montage vidéo diffusé par des médias français et israéliens qui déforme une intervention de Mme Albanese.

Cette déclaration, en réponse à une question orale de la députée Caroline Yadan, est donc inacceptable et injustifiable. Elle repose sur une déformation manifeste de ses propos. Le ministre a accusé Mme Albanese d’avoir tenu des propos qui viseraient « non pas le gouvernement israélien (…) mais Israël en tant que peuple et en tant que nation », lui reprochant d’être « une militante politique qui agite des discours de haine ».

Des propos publics

Les propos de Francesca Albanese sont pourtant publics et connus. Les voici :

Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’aient armé, lui aient fourni des excuses politiques, un parapluie politique ainsi qu’un soutien économique et financier, est un défi. Le fait que la plupart des médias dans le monde occidental amplifient le discours pro-apartheid, le narratif génocidaire, est un défi. Et en même temps, c’est aussi une opportunité. Car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’a connu les défis auxquels nous sommes tous confrontés. Nous qui ne contrôlons pas de vastes capitaux financiers, ni les algorithmes, ni les armes, constatons désormais qu’en tant qu’humanité, nous avons un ennemi commun et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour recouvrer notre liberté.

Il s’agit donc d’une fausse nouvelle manifeste propagée pour nuire et détruire la crédibilité des experts indépendants.

Au lieu de combattre les défenseurs du droit international, la France devrait s’engager résolument pour la défense de ces droits et la fin de l’impunité de l’État d’Israël.

Des soutiens nombreux

Heureusement, après l’appel à la démission de la France, Mme Albanese a reçu de nombreux soutiens, notamment ceux d’une centaine d’anciens diplomates, ministres et ambassadeurs.

Voici quelques réactions diversifiées.
Signalement au Procureur de la République

JURDI exprime sa vive préoccupation face aux déclarations publiques du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot, appelant à la démission de Mme Francesca Albanese[…]. Ces déclarations, […] ont conduit JURDI à déposer, ce jour, un signalement auprès du Procureur de la République de Paris.

Capture d’écran JURDI 12-02-26
Capture d’écran Agenda Media Palestine 13-02-26
Entretien avec Mme Francesca Alabanese

Par Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine. Le 13 février 2026.

Francesca Albanese est à nouveau la cible d’une campagne calomnieuse en France, relayée au plus haut niveau de l’État dans le but d’obtenir son éviction des Nations Unies. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé le 11 février que la France allait demander la démission de la rapporteure spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés […]

Lettre du bureau de la CNCDH

Par CNCDH. Le 14 février 2026.

Le 7 février 2026, Madame Francesca Albanese, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, est intervenue au forum d’Al Jazeera à Doha. Elle y a évoqué un « ennemi commun de l’humanité » pour dénoncer le système international permettant la violation des droits de l’homme. […]

Capture Lettre bureau CNCDH 14-02-26
Capture d’écran CNPJDPI 17-02-26
C’est une faute grave

Par le CNPJDPI. Le 17 février 2026.

Les organisations du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI) expriment leur consternation après les propos tenus par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot, le mercredi 11 février à l’Assemblée nationale à l’encontre de Mme Francesca Albanese. Elles condamnent fermement son annonce selon laquelle la France allait exiger, le 23 février prochain […], [sa] démission […].

Conclusion provisoire

La France a finalement renoncé à demander formellement la démission de Francesca Albanese lors de la session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU les 23-25 février 2026.

Il s’agit d’une raison pratique

Les États membres de l’ONU n’ont aucun mécanisme simple pour contraindre un rapporteur spécial à démissionner avant la fin de son mandat en 2028, sauf via une résolution du Conseil des droits de l’homme – une procédure jugée peu probable par des diplomates français et onusiens.

Francesca Albanese a, par ailleurs, affirmé qu’elle n’avait aucune intention de se retirer.

Et d’une position diplomatique « nuancée »

L’ambassadrice française Céline Jurgensen s’est limitée à critiquer les « déclarations répétées et extrêmement problématiques » de Mme Albanese, appelant les rapporteurs à plus de retenue et de modération, sans exiger de démission explicite.

Le porte-parole du Quai d’Orsay, Pascal Confavreux, a maintenu que les provocations de la rapporteuse justifiaient un retrait « par dignité », mais sans pousser plus avant.

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