Le 9 décembre, la loi de séparation des Églises et de l’État fêtait ses 120 ans. Eugène Bégoc dénonce l’injonction à la « neutralité ». En écho, une tribune s’alarme de la transformation du régime de laïcité en régime de surveillance. Un communiqué du MRAP va dans le même sens.

L’opiniâtre combat de la LDH contre le détournement islamophobe de la laïcité

Par Eugène Bégoc. Le 10 décembre 2025.

Les 29 et 30 novembre 2025, le Conseil national de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a réussi son pari : mobiliser plus de 200 ligueuses et ligueurs pour une évaluation très technique du retournement de la loi du 9 décembre 1905, moment en France de la rupture avec les régimes à religion officielle. Cette université d’automne de la Ligue des droits de l’Homme – la trente-et-unième – faisait écho à l’université d’automne déjà consacrée à la laïcité et qui s’était tenue dans le contexte des années 2000.

En 2003, Fillon s’attaquant à la retraite par répartition se heurta à une large mobilisation, mobilisation dans laquelle le corps enseignant joua un rôle central.

Un an plus tard, le futur Premier ministre succédait à Luc Ferry au ministère de l’Éducation nationale. Centrée sur la mise au pas des personnels, sa feuille de route était présentée sous l’angle de « l’apaisement » à savoir la mise en œuvre de la loi du 15 mars 2004, souvent appelée loi sur le port du voile. Il récidivera avec la loi dite d’interdiction du « voile intégral » promulguée le 11 octobre 2010 après l’intense campagne de son ministre de « l’identité nationale » Éric Besson.

De nombreuses contributions à cette université d’automne 2025 méritent d’être mises en circulation dans les cercles de la gauche sociale et politique.

Une ligne de force ressortait dans les bilans des participant·es : l’atrophie de la séparation avec les institutions et influenceurs catholiques dans les pratiques et dans la doxa des officiel·les, l’hypertrophie de l’injonction à la « neutralité » des citoyen·nes.

La population ciblée par les injonctions et les interdits professionnels recherchés est évidemment, à 99,99 %, assimilé·e à une introuvable « identité » musulmane.

Cent-vingt ans après la loi de séparation de l’Église et de l’État, les officiel·les, partis et corps de hauts fonctionnaires affichent et pratiquent un retournement de la loi à des fins discriminatoires et islamophobes.

Les dialogues d’Hélène Ba, activiste luttant contre l’islamophobie dans les fédérations sportives, avec Françoise Dumont et Suzy Rojtman, furent un moment d’écoute de la salle particulièrement fort.

Vingt-deux ans après l’exclusion de deux lycéennes par le proviseur du lycée d’Aubervilliers, la laïcité ne se superpose pas spontanément au tsunami qu’est la marche à l’émancipation féminine.

Nous avons, femmes et hommes, adultes et jeunes, à prendre la mesure de ce que signifie l’impasse de nombre de situations urbaines et de beaucoup de parcours de vie. La « société du vide » que structurent le déni du défi climatique et la reproduction des pouvoirs séculaires est génératrice de fractures sociales et de pertes de sens dans de multiples institutions.

C’est dans ce contexte que la religiosité et les regroupements dans la foi doivent être juridiquement respectés. C’est la lettre de la loi, c’est une exigence de libéralisme politique, de défense des droits « de l’Homme et du Citoyen ».

L’exigence de citoyenneté et la tension vers un approfondissement de la démocratie – en un mot l’horizon de l’émancipation de l’humanité – débordent et de très loin ce respect élémentaire.

Fut particulièrement riche à cet égard le passage en revue des combats de la laïcité au filtre des exigences féministes. Françoise Dumont et Suzy Rojtman ont conduit ce passage en revue avec beaucoup de rigueur et de complémentarité.

Cette trente-et-unième université d’automne de la Ligue des droits de l’Homme a débroussaillé l’offensive à accentuer contre la « catho-laïcité ». Cette dernière a été fort justement dénommée et dénoncée en introduction par Alain Policar, du CEVIPOF, auteur de Laïcité : le grand malentendu – 120 ans après la loi de 1905 (Flammarion – 15 octobre 2025).

Pour s’informer comme pour adhérer : www.ldh-france.org

7 décembre 2025 – Tribune collective « Le régime de laïcité protégeait hier la liberté individuelle, il défend aujourd’hui une prétendue “identité nationale” », publiée dans le Monde

Alors que la France commémore, le 9 décembre, les 120 ans de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, un collectif d’associations s’alarme, dans une tribune au « Monde », de la transformation du régime de laïcité en un régime de surveillance des citoyens.

La célébration du 120ᵉ anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905 est l’occasion de rappeler combien la laïcité est essentielle à l’agencement de la vie démocratique. C’est l’intention de la Constitution qui en a fait, en la plaçant au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, l’un des principes fondateurs de la République.

Reliant la France à la communauté des nations démocratiques, la laïcité trouve son origine dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. En fixant « le principe de toute souveraineté dans la nation » (article 3), la déclaration affirme l’autonomie du pouvoir politique à l’égard des lois divines ; en affirmant que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (article 10), elle permet à chacun de pouvoir choisir en toute indépendance ses propres croyances ou convictions. […]

Lire la tribune collective sur le site de la LDH…
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