PARTI PRIS : où va L’APRÈS ?
La défiance généralisée envers les formations politiques ne cesse de s’accroître et de se diffuser. Seul·es 10% des Français·es leur font encore confiance. Même la confiance dans les syndicats se dégrade. Eugène Begoc s’interroge donc sur le sens que prend, dans cette période, la construction d’un parti comme L’APRÈS.
PARTI PRIS : où va L’APRÈS ?
Par Eugène Begoc. Le 25 novembre 2025.
En Europe, nous restons engagés dans la reconfiguration du clivage gauche / droite. L’encadrement par l’État des partis comme de la vie syndicale et de la vie associative et mutualiste est en crise et nous tardons à faire émerger des réponses collectives. Quel sens peut avoir, au regard de cet enjeu, la modestie d’une construction initiée par quatre député·es, GDS et la majorité des collectifs d’ENSEMBLE! ?
L’APRÈS dans la gauche
Dans Mediapart, Pauline Graulle et Mathieu Dejean ironisaient, le 31 août, sur « les petites chapelles » réunies à Chateaudun pour appeler à consolider le Nouveau Front populaire. Un camarade de l’ex-ENSEMBLE! – animateur de Cerises – dénie toute utilité au fait de créer un petit parti à gauche. Ceci, à l’heure où les partis suscitent, selon les sondages, le rejet et non l’adhésion.
La convergence de ces deux parti-pris nous enferme, à mon avis, dans un entre-soi mortifère de la gauche sociale et politique.
Premier parti-pis : la taille. Si, par avance, toute novation à gauche est récusée parce que ne naissant pas au-dessus du seuil critique de cinq mille militant·es, alors nous sommes condamné·es à subir l’étau Mélenchon-Hollande.
Le premier a cru incarner une alternative à la forfaiture du second. Dans la continuité du programme des comités unitaires anti-libéraux, il a multiplié les programmes de papier pour refonder un État « de gauche ».
Le second ironise sur l’exploit du premier : Mélenchon dépasse en effet d’une tête Bayrou dans le record d’avoir été le troisième homme à une élection présidentielle française. Hollande est-il fondé à stigmatiser le sectarisme de Mélenchon, lui qui a donné les clés du ministère de l’Intérieur puis de Matignon et du 49-3 à un piètre Manuel Valls ? Même des journalistes dédiés à l’observation des partis de gauche peuvent manquer de reculs et d’anticipation. Parce que, précisément, elles et ils circonscrivent leurs investigations à un petit périmètre. Ils connaissent les fractures du PS de Mitterand, les errements de la tête du PC de Hue à Roussel, les ambitions des Voynet, Cochet, Jadot, Tondelier chez les Verts, les ressorts médiatiques des Laguillier et Poutoux… Classifier a priori une tentative militante comme L’APRÈS dit plus sur les limites du journalisme que sur l’objet de l’article.
Le second parti-pris n’est pas moins inquiétant. Les électorats des droites se défient de la très présidentialiste UMP devenue LR. Un quart de siècle après sa création, elle reste naufragée par l’affairisme des Sarkozy, Fillon et maintenant Wauquiez et Retailleau. L’électorat lepéniste est fatigué de la victoire qui ne vient pas. Valls et Hollande ont accordé un formidable sursis à ces électorats d’extrême droite et de droite extrême en accouchant d’un très improbable « macronisme ». Le premier parti à gauche est le parti des « revenu·es » de tout. C’est cela la crise de confiance que renseignent d’abondants sondages. La question est donc : Que faire de cette connaissance ? Opter pour des formules évanescentes ? Mouvement ? Mouvement gazeux ? Coopérative ?
L’APRÈS dans le moment des élections municipales
Le troisième parti-pris est précisément de faire novation politique, d’explorer comment « faire parti », à l’orée du deuxième quart du 21ᵉ siècle.
Une nouvelle fois, la question de l’entrée des jeunes dans le politique est posée. Les partis de gauche ont créé des organes jeunes prompts aux rivalités polémiques et donc à singer les partis « adultes » : JC, MJS, Souris vertes, etc. Bousculée par les mobilisations metoo et Climat, la formule agonise. Mais, les voies du dépassement restent à tracer.
La parité est plus visible que réelle à gauche, dans les associations, les mutuelles et les syndicats et plus encore dans les partis. Le choix des terrains de délibération et donc l’authenticité de la délibération y sont pour beaucoup. Les questions de la vie quotidienne et du cadre de vie sont en effet systématiquement minorées. Le scrutin municipal est un moment où elles viennent au premier plan de la citoyenneté : réorientation « climatique » de l’aménagement et des services urbains, habitats diversifiés au grand âge, petite enfance et école, soutiens aux mutations de la vie associative, etc.
L’idée de l’État protecteur dans un environnement hostile est un des ressorts essentiels du néo-conservatisme sous toutes ses couleurs. Faire citoyenneté ici dans une coopération active avec les citoyen·nes de là-bas – Gaza, Ukraine, Polonaises en lutte pour l’IVG, etc – est un des axes trans-partisans de gauche d’actualité. Cela pour contrer cette politique de la peur qui tente de revenir à un ordre national et patriarcal moribond.
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