La gauche est souvent fracturée pour les municipales, tandis que le Rassemblement national construit l’image d’un parti discipliné et mesuré. Le 15 mars, les résultats du RN risquent de semer à nouveau le désarroi à gauche. Avec un risque renforcé sur le second tour et la composition des assemblées municipales.

Un RN en embuscade électorale : l’exemple de la Somme

Par Eugène Bégoc. Le 18 décembre 2025.

Le renouvellement des conseils municipaux est préparé par les partis politiques dans une inquiétude et une frénésie sur lesquelles la presse a commencé à enquêter.

Les grandes villes dans le viseur

Paris, Lyon et Marseille – où la gauche domine les assemblées élues comme c’est le cas dans une majorité de grandes villes – ont fait l’objet d’une double attention. D’une part, le ministère de l’Intérieur y a précipitamment fait modifier les règles de l’organisation électorale. D’autre part, le ministère des Finances les ponctionne lourdement au titre de la réduction du budget de l’État, pour la deuxième année consécutive.

L’incertitude est grande à gauche, tandis que le Rassemblement national construit l’image d’un parti discipliné et mesuré.

Les embûches à gauche

Le département de la Somme offre un précipité des obstacles que la gauche affronte dans la campagne municipale.

Certainement très composites, les électorats lepenistes ont bondi à 24% des inscrit·es le 10 avril 2022 puis à 29,5% le 30 juin 2024. Entre ces deux dates, Renaissance, le Modem et Horizons ont chuté de 20,3% à 12%, LR totalisant 7,6% des inscrit·es.

En troisième rang, les cinq candidat·es du Nouveau Front populaire mobilisaient 14,2% des inscrit•es. Ils faisaient élire 2 députés sur 5, les droites n’emportant aucun siège. Mais le Rassemblement national s’attribuait trois sièges.

Le camp présidentiel est dépourvu de colonne vertébrale départementale. Le parti de Chirac est dévasté. Ces deux facteurs réunis suffiront-ils le 15 mars à ce qu’à l’échelle de la Somme le clan Le Pen gagne le pari de briser les droites pour se substituer à elles dans les institutions étatiques, à commencer par les communes ?

L’extrême droite à l’offensive

De fait, à Abbeville, le maire sortant – passé du PS à Renaissance et maintenant à l’UDI – ne peut ignorer la candidate RN et son meeting de soutien de 300 participant·es en novembre.

Péronne, Albert, Roye : autant de villes en zone d’agro-industries florissantes. Le RN, d’une façon moins tapageuse, y ambitionne d’engranger sur son rang de premier électorat de la Somme.

À gauche, des municipalités historiquement emmenées par le PS (Roye) ou par le PC (Flixecourt) se fracturent. La gauche aurait-elle choisi de se mettre hors jeu ?

Pourtant, le 30 juin 2024, dans la ville de préfecture, Amiens, 24,5% des inscrit·es avaient voté Nouveau Front populaire, laissant très loin derrière les 15,7% des inscrit·es amiénois·es du vote RN.

Toujours à Amiens. Plusieurs enjeux immédiats appellent une campagne de gauche forte contre les méfaits des administrations de droite.

  • Le partenariat public-privé pour un gigantesque complexe hospitalier débouche désormais sur un déficit abyssal du CHU.
  • Le surpeuplement dans la maison d’arrêt s’aggrave.
  • Les transports inter-urbains et les transports d’agglomération ne dépassent que très légèrement le strict besoin de transport des élèves.
  • L’étranglement lent des services municipaux et des associations s’accentue.
  • Les loyers, de longue date élevés, se sont encore renchéris. L’inflation de l’immobilier est en effet alimentée par la proximité des emplois du bassin parisien (Roissy, La Défense, la SNCF, l’APHP etc…).
  • Et les 150 « créations » d’emplois dans la production innovante de protéines s’achèvent dans un très définitif licenciement collectif.

Des actions dès le temps de l’élection reconstruiraient de la maîtrise collective. RN et droites s’y opposeraient. Or les deux, trois, voire quatre listes concurrentes à gauche tournent le dos à cet enjeu électoral. Jusqu’à quand ?

À Amiens l’appel à l’unité encore et encore

L’inquiétude des trois chefs de file amiénois est maintenant palpable – sondages obligent – mais l’inertie pourrait l’emporter : « après tout, dans tous les autres départements de l’hexagone aussi la gauche part divisée, continuons comme on est partis. »

Ce serait oublier que cette campagne municipale 2026 diffère de toutes les campagnes qui se sont succédées depuis 1983. Nous sommes dans un contexte d’arrivée au pouvoir massive de droites européennes radicalisées et en cheville avec l’extrême droite.

Premier signe positif à l’échelle de la Somme depuis la rencontre avortée des partis de gauche amiénois de décembre 2024 : le mardi 16 décembre L’APRÈS 80 a invité les trois chefs de file amiénois, le Parti communiste et ses deux alliés Debout et GES, le Parti Socialiste et Les Écologistes, LFI et Génération·s en voie de ralliement et le groupe d’opposition de gauche sortant Amiens c’est l’tien.

Tous ont répondu présents et ont exprimé le souhait de trouver un chemin vers l’union. Seul le représentant du chef de file LFI a défendu un cavalier seul. Les votes pour ou les abstentions sur la loi de financement de la sécurité sociale à gauche justifient à son sens le refus de l’unité dans la bataille municipale.

Restent deux semaines pour traduire en actes l’union recherchée. Et pour une rencontre de la gauche du niveau départemental.

Cette élection n’est pas une élection comme les autres. Il y a un risque majeur que, le 15 mars, le très haut niveau de suffrages du RN sème à nouveau le désarroi à gauche. Avec un risque renforcé sur le second tour et la nouvelle composition des assemblées municipales.

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