Jean-Claude Mamet rappelle qu’il y a une « dette publique » parce qu’une importante partie de la richesse produite par les travailleur·euses a été détournée au profit des classes dominantes et des propriétaires de patrimoines financiers. C’est en accélération depuis l’arrivée de Macron. Bayrou veut faire pire. Partie 1/3.

La dette ? C’est aux travailleurs et travailleuses qu’il faut la rembourser ! 1/3

Par Jean-Claude Mamet. Le 13 août 2025.

Disons-le sans détours. S’il y a une « dette publique », c’est parce qu’une importante partie de la valeur (ou la richesse) produite par le monde du travail a été détournée. Au profit des classes dominantes et des propriétaires de patrimoines financiers. Avec une forte accélération depuis l’arrivée de Macron aux commandes.

Aujourd’hui, le gouvernement Bayrou – soutenu par Macron – veut frapper un grand coup. Nous avions déjà connu des attaques frontales contre les droits sociaux :

  • sur les retraites, c’est une obsession : 1995, 2003, 2010, 2014, 2023 ;
  • sur la santé : hôpitaux gérés comme des entreprises, baisses des remboursements de soins ;
  • contre les droits des chômeurs, une autre obsession : une « contre-réforme » tous les ans ;
  • contre le droit du travail et le droit syndical : suppression des comités d’hygiène et sécurité ; normes de droit public dégradées au profit du seul pouvoir patronal (le « seul maître » selon la formule consacrant la hiérarchie et la subordination des salarié·es) ; réduction du nombre de délégué·es et légitimité syndicale réduite aux négociations d’entreprises.

Mais, avec les annonces de F. Bayrou le 15 juillet 2025, c’est l’ensemble des institutions sociales et publiques qui sont visées simultanément : administrations publiques, collectivités territoriales, protection sociale, et une fois encore le Code du travail. C’est la légalisation annoncée de l’injustice : faire payer la dette publique par le monde du travail (pour presque 90% du coût des mesures).

Ce projet est une violence politique. Après la dissolution, pour le bon plaisir du prince de l’Élysée – qui voulait un Parlement à sa botte et qui a récolté le chaos – Bayrou veut montrer sa poigne. Alors qu’il bat les records d’impopularité, il renverse la table. Après la « dissolution » politique, c’est une « dissolution sociale ». Elle doit échouer. Elle va échouer si la société se soulève, avec les syndicats unis, les associations de solidarité. Et aussi l’initiative citoyenne, à l’exemple de la pétition de masse contre la loi Duplomb ou les appels « Indignons-nous » à partir du 10 septembre.

Mais il y a une autre urgence : les forces de gauche et écologistes doivent se ressaisir, arrêter leurs batailles d’égo, et réactiver un Nouveau Front populaire +++, uni et démocratique. En s’appuyant sur des Assemblées sur tout le territoire.

Il faut aussi démonter le discours de Bayrou. Nous avons besoin d’une contre-histoire opposée à la fable du gouvernement. Nous y opposerons des contre-mesures, appuyées par une vision alternative. Agir pour une société sortant des inégalités et des injustices, de l’angoisse sociale et de vies sans horizon désirable, qui frappent les plus faibles, les jeunes, les femmes, les personnes sans-papiers. Nous combattrons l’insécurité sociale générale, parfois génératrice de violences, répandue dans les villes et les campagnes, les cités populaires et les villages abandonnés par les services publics. Une émancipation collective est possible, et même un bonheur d’agir et d’être ensemble !

Commençons par expliquer qu’il y a mensonge : une dette dont nous serions toutes et tous responsables. C’est un mensonge « légal » ou admis selon les règles capitalistes en vigueur, celles qu’il faut renverser.

Une dette fabriquée pour exploiter le monde du travail

Le gouvernement et l’État ne peuvent pas avouer leur politique clairement. La fabrication d’une dette par baisses d’impôts est un des modèles de gouvernement du néolibéralisme.

Par exemple aux États-Unis. L’économiste Jack Rasmus (« 25 ans de réductions d’impôts et de désastre budgétaire aux Etats-Unis » article paru le 11 juillet 2025 et traduit sur le site Alencontre) décrit comment depuis 2000, avec les républicains comme avec les démocrates, la dette américaine est passée de 5 600 milliards de dollars en 2000 à 36 200 milliards en décembre 2024 (en France : 3 350 milliards d’euros), et se poursuit allègrement avec Trump. L’essentiel de ce trésor enfui vient de baisses d’impôts détournées pour les actionnaires, les dividendes, les fortunes, les guerres. Solution : « imprimer des billets ». C’est ce que fait la Banque centrale US. On reviendra sur le rôle monétaire possible de la Banque centrale européenne : mais pour investir, pas pour enrichir les riches). Conséquence : le dollar baisse. Si tous les détenteurs de dollars voulaient récupérer leur valeur, les États-Unis seraient en crise gravissime. Mais ce qui tient debout le système, c’est la puissance de l’État que Trump a décidé de multiplier. C’est donc une des raisons inavouées des politiques d’austérité : maintenir la force brute de l’État. On est donc très loin de l’image d’une « famille » qui se serre les coudes !

L’État n’est pas « une grande famille ».

Chaque fois qu’il est question d’austérité budgétaire, on nous fait le coup du « budget familial ». Lorsque les ressources diminuent à la maison, que les prix grimpent, que le loyer augmente, que les traites à payer s’accumulent, ou pire : que les parents subissent le chômage, alors on fait obligatoirement des « économies » : moins de loisirs, moins de qualité dans la nourriture. Certains craignent même l’expulsion du logement. On se serre la ceinture, on y est « obligé ».

Pour l’État, c’est la même chose, disent nos gouvernants. Cela semble de bon sens, mais c’est faux. L’État n’est pas une famille en plus grand. L’État est l’organisateur de la vie économique générale, au plan national et en lien étroit avec les règles internationales (Europe) et mondiales. Exemple : Trump impose des droits de douane ! Ces institutions puissantes (des machines administratives) gouvernent la société, en collaboration directe avec les grandes entreprises dirigeant la production économique. Or l’économie est une invention humaine de plus en plus détachée de la société. Elle n’est pas comme la nature, mais celle-ci en est la « refaçonnée » dangereusement. L’économie capitaliste est inégalitaire, violente, dangereuse, « amorale » ou « immorale ». Elle amplifie les risques écologiques (le plastique et le pétrole empoisonnent le monde) et la détresse humaine : pauvreté à côté d’une richesse insolente, chômage menaçant et travail surveillé par des nombres, personnes migrantes affrontant tous les dangers pour vivre.

Les familles, les citoyens·nes sont en bout de chaîne. Obligé·es de suivre… Ou d’agir !

Le capitalisme et l’État contrôlent le travail des citoyen·nes

Bayrou et ses ministres n’arrêtent pas de dire : « la France ne travaille pas assez ». Ce serait l’origine de la dette. Là est le mensonge « légal ». C’est bien le travail général de la société (le salariat privé et public, mais aussi les indépendant·es, les artisan·tes et petit·es agriculteur·rices…) qui est à la base de la « valeur » des biens et des services. En aucun cas la valeur ne provient des propriétaires de capitaux, et encore moins des ultra-riches. Les capitaux proviennent du travail accumulé, accaparé et volé « légalement » : les lois et règles de la société autorisent ce détournement.

Certes, les travailleurs-euses touchent un salaire pour vivre, mais la valeur globale de leur travail dépasse très nettement ce salaire direct (dit « net »). Le surplus de valeur est approprié par l’employeur (au total, c’est son chiffre d’affaires s’il le vend) qu’il investit en fonction du marché rentable et sans contrôle public. Une commission sénatoriale a établi en juillet 2025 que 211 milliards d’euros étaient versés sous forme d’« aides aux entreprises », soit 5 fois les 43 milliards que Bayrou recherche pour colmater la fameuse « dette » (dont on verra qu’elle n’est que l’effet du manque à gagner pour les recettes fiscales en baisse).

Sur ces 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises, 80 proviennent des cotisations sociales que les patrons ne veulent plus payer. Le MEDEF et la CPME – « syndicats » des chefs d’entreprises – font tout pour exiger une « baisse du coût du travail ». À cause, expliquent-ils, de la guerre de compétitivité que se livrent les entreprises en France, en Europe et dans le monde (les délocalisations). Ces cotisations non versées sont en réalité du salaire collectif (ou « social ») que le monde du travail et la gauche ont réussi à arracher au fil de l’histoire. En octobre 2025, on fêtera le 80ᵉ anniversaire de la fondation de la Sécurité sociale.

Ces 80 milliards non payés le sont maintenant par le budget public, au lieu d’être prélevés directement sur la richesse créée par les travailleurs-euses.

Certes, le budget public est, lui aussi, une part de valeur prélevée sous forme d’impôts :

  • la TVA : la plus grosse part, celle que tout le monde paye : même les personnes au RSA, soit 154,5 milliards d’euros ;
  • l’impôt sur le revenu (IR) : de moins en moins progressif : 72,55 milliards ;
  • impôt sur les sociétés (IS) : il est tombé en quelques années de 33% (avant 2017) à 25% du chiffre d’affaires. Soit 63,97 milliards ;
  • et l’impôt sur le patrimoine réduit à la portion congrue depuis la suppression de l’ISF par Macron, remplacé par l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI), dont le produit est de 2,1 milliards en 2022. L’ISF maintenu aurait rapporté un peu plus de 6 milliards. Ce petit chiffre montre à lui seul la timidité de la mesure.

Ces recettes fiscales devraient exprimer « l’esprit public » (comme le défend Clémentine Autain) de la société. Elles sont en réalité – en proportion de la valeur économique totale – de plus en plus amenuisées. Cela signifie que la valeur du travail est de moins en moins reconnue par les pouvoirs dirigeants. Leur but n’est donc pas de développer le « bien commun ». Par contre, la « valeur » est bien reconnue pour l’accaparer au profit des détenteurs de capitaux. C’est pour cette raison qu’ils disent à l’unisson : « Il faut travailler plus ». Et aussi : « En avant la production ! » (F. Bayrou le 15 juillet).

On ne parle que de « valeur », mais laquelle ?

Depuis quelque temps, on n’entend plus que ce mot : « valeur ». Et même le mot « travail », délaissé par la gauche, sans doute parce qu’il faisait « vieillot ». Résultat : les droites s’en sont emparées depuis Sarkozy. Mais le sens est détourné.

La valeur économique ou monétaire du travail (ou la « richesse ») n’est pas la « valeur » au sens moral, voire religieux : « gagner son pain à la sueur de son front », en « se levant tôt » le matin. Cette morale de l’effort est serinée en haut lieu et à droite quand elle parle de « valeur travail ». Ce qui est immoral dans ce sermon, c’est qu’il camoufle un « vol légal » : la valeur économique du travail est accaparée (sans parler du travail réel ou de la santé au travail, ignorés).

Ce détournement peut se décrire de deux manières (ou par deux sources) : les cotisations sociales qui représentent une proportion de la valeur économique produite  et les recettes fiscales qui en représentent aussi une part indirecte.

La suite de l’article de Jean-Claude Mamet : « Un argumentaire anti-Bayrou 2/3 »

Pour compléter, vous pouvez lire sur notre site :

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