Une trajectoire vers la souveraineté

Samedi 12 juillet 2025, les forces politiques de Nouvelle-Calédonie ont signé un projet d’accord avec le gouvernement français. Objectif : définir un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie, préparer un texte constitutionnel intégré à la Constitution française, maintenir la paix civile et l’unité du territoire, organiser un référendum local d’approbation.

Un projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie

Par Jean-Marie Fouquer. Le 14 juillet 2025.

Samedi 12 juillet 2025, au matin, les forces politiques de Nouvelle-Calédonie qui participaient à des négociations à Bougival (Yvelines) ont signé un projet d’accord avec le gouvernement français.

Un territoire à décoloniser

Il faut rappeler que, le 13 mai 2024, l’archipel de Kanaky-Nouvelle-Calédonie s’était embrasé. Des milliers de personnes étant descendues dans la rue. Elles réagissaient à la volonté du gouvernement français de procéder au dégel du corps électoral, et ainsi de saper un des fondements des accords de Matignon et de Nouméa. Conclus respectivement en 1988 et en 1998, ces accords avaient permis de ramener la paix dans ce territoire du Pacifique colonisé par la France au XIXᵉ siècle. Ils avaient ouvert la voie à la décolonisation, voire à l’indépendance du territoire.

Mais, relire « Nouvelle-Calédonie : les évolutions du statut depuis 1946 » constitue une démonstration assez exemplaire des atermoiements des gouvernements successifs. Ils sont le reflet des injonctions contradictoires quant à ce que la colonie voulait faire des autochtones.

Un entretien avec l’anthropologue Benoît Trépied paru dans Afrique XXI – « Ce n’est pas une histoire de démocratie, c’est une histoire de décolonisation » – offre l’occasion de rappeler les responsabilités de l’État français, qu’elles soient immédiates ou historiques. Ce retour en arrière est indispensable pour contextualiser le projet d’accord qui vient d’être signé.

L’objectif du sommet de Bougival

Les négociations entamées début juillet 2025 réunissaient les principales forces politiques calédoniennes indépendantes et non-indépendantistes, ainsi que l’État français.

L’objectif annoncé du sommet de Bougival était de parvenir à un accord politique global sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, en réunissant les forces indépendantistes, non-indépendantistes et l’État français.

De fait, il s’agissait sans doute de « Trouver une solution politique de consensus pour clore le cycle ouvert par les accords de Matignon et de Nouméa. » mais surtout d’essayer de sortir d’une crise majeure, susceptible de ressurgir à tout moment.

Cela impliquait de :

  • Définir un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie après les trois référendums d’autodétermination (2018, 2020, 2021)
  • Préparer un texte constitutionnel qui pourra être intégré à la Constitution française
  • Maintenir la paix civile et l’unité du territoire, dans un contexte de tensions post-référendaire
  • Organiser un référendum local d’approbation du futur accord (annoncé pour 2026)
Les protagonistes

Qui étaient les participants ?

1  Représentant·es de mouvements politiques néo-calédoniens indépendantistes
2. Représentant·es de mouvements politiques néo-calédoniens non-indépendantistes
    • Sonia Backès, présidente des Républicains calédoniens, présidente de l’Assemblée de la province Sud
    • Virginie Ruffenach, présidente du groupe Rassemblement au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, vice-présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie
    • Philippe Gomès, président de Calédonie ensemble
    • Nicolas Metzdorf, président de Générations NC, député de la 1re circonscription de Nouvelle-Calédonie à l’Assemblée nationale française
    • Gil Brial, président du Mouvement populaire calédonien (MPC), 2e vice-président de l’Assemblée de la province Sud
    • Brieuc Frogier, conseiller du groupe Les Loyalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie
    • Philippe Dunoyer, membre de Calédonie ensemble, ex-député de la 1re circonscription de Nouvelle-Calédonie
    • Alcide Ponga, président du Rassemblement, président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
    • Pascal Vittori, président de Tous Calédoniens, président de l’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie
3. Représentant de la République française
Un contexte économique préoccupant

Rappelons, avant toute chose, que la dramatique situation économique du territoire est un élément que nulle force politique ne peut ignorer.

La situation économique et sociale est, effectivement, toujours très préoccupante, selon l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee).

En février 2025, environ 6 000 personnes restent bénéficiaires du chômage total, dont un bon nombre pourrait bientôt arriver en fin de droits, notamment les bénéficiaires du chômage total spécifique. Cette allocation, mise en place en juin 2024, est versée pour une durée maximale de neuf mois et concerne en moyenne 1 400 personnes depuis son introduction.

Le nombre de salariés pouvant bénéficier du chômage partiel augmente à nouveau en février, atteignant 6 360 personnes, suite à l’éligibilité de nouveaux employeurs. Cependant, les conditions d’indemnisation sont moins favorables depuis le 1er janvier, passant de 70 % à 50 % du salaire, avec un plafond réduit à 2 fois le SMG1Le salaire minimum garanti (SMG) et le salaire minimum agricole garanti (SMAG) sont les deux types de rémunérations minimales légales appliqués en Nouvelle-Calédonie. au lieu de 2,5 fois. Ce dispositif est prolongé jusqu’au 30 juin 2025, mais l’allocation de chômage partiel connaîtra une nouvelle étape de dégressivité à compter du 31 mars.

Parallèlement, les prix à la consommation augmentent depuis le début de l’année (+2 %). L’écart se creuse en défaveur des ménages les plus modestes, pour lesquels la hausse est de 3,4 %. Ceux-ci sont particulièrement touchés par la hausse des prix des services de transport en commun et de ramassage scolaire, des cantines et garderies, de l’alimentation et du gaz.

La dynamique économique ne repart pas […].2https://www.isee.nc/economie-entreprises/entreprises-secteurs-d-activites

Que l’on soit indépendantiste ou « loyaliste », ce sont des données qui sont impossibles à ignorer.

« Si on ne répond pas aux problématiques de la crise économique, on risque de se retrouver dans une crise humanitaire, où le politique n’aura plus sa place », rappelait déjà Emmanuel Tjibaou en août 2024.

Le pari de la confiance

Au bout de dix jours de discussions, les forces politiques de Nouvelle-Calédonie qui participaient aux négociations ont signé un projet d’accord avec le gouvernement français.

Il est clair que le texte signé est un compromis entre des positions qui semblaient initialement quasi inconciliables.

Convaincre que leur choix a été le bon ne sera pas forcément chose aisée pour les signataires. Macron en est conscient, qui a déclaré « Dès demain, il vous reviendra d’expliquer dans vos formations politiques et en Nouvelle-Calédonie cet accord. Je mesure toute la difficulté qui sera la vôtre et la responsabilité que vous avez prise. »

Le texte signé par l’ensemble des participants ne constitue toutefois, pour le moment, qu’un projet d’accord.

Les signataires s’engagent à le défendre auprès de leurs bases. Il sera, de plus, soumis au vote des populations intéressées en février 2026 et « fixe les conditions dans lesquelles est créée une nationalité calédonienne ».

Une des particularités de l’accord est, en effet, que le projet qui reste à ratifier, marque un engagement vers un nouveau statut du territoire. Cette solution est, selon plusieurs avis, une innovation, « unique au monde ». Elle prévoit, entre autres, la mise en place d’une double nationalité, française et calédonienne.

Dans un article intitulé « « État de Nouvelle-Calédonie » : un statut inédit entre association et souveraineté », un constitutionnaliste, donne un certain nombre d’explications sur ce que ce statut a de novateur.

Quant au politologue Semir Al Wardi, il met en lumière l’audace et la nouveauté du texte3« Ce texte relève quasi du miracle constitutionnel » : Semir Al Wardi décrypte l’accord de Nouvelle-Calédonie. Il éclaire aussi les implications qui pourraient en découler pour la Polynésie française.

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Pour télécharger le projet complet, cliquez sur l’image

Un accord de principe
Communiqué - Délégation FLNKS 13 juillet 2025 Page_1

Pour télécharger le communiqué, cliquez sur l’image.

Les négociateurs·rices du FLNKS ont dores et déjà fait publiquement part des raisons qui les ont amené·es à signer.

Leur communiqué est disponible ci-contre.

Quant à nos amis de Régions et Peuples Solidaires (R&PS), ils ont fait connaître leur appréciation positive et saluent un accord courageux.

Toutefois, comme tout texte de compromis, cet accord n’est pas parfait, même si, pour les signataires, il semble constituer un compromis équilibré.

Les parties prenantes voient en lui une opportunité de construire un avenir commun pour l’archipel. Cependant, des réserves et des inquiétudes se font jour quant à la mise en œuvre de certaines dispositions du texte. Les réactions sont, pour le moins, contrastées.

C’est le cas, notamment dans le camp indépendantiste. Le risque que pourrait représenter l’accord de Bougival pour les Kanaks serait celui d’un destin minoritaire sans fin. C’est pourquoi les rencontres politiques qui auront bientôt lieu dans le territoire seront cruciales. Elles définiront durablement ce que sera la lutte kanak. Elles façonneront le véritable avenir de l’archipel.

Mais, que ce soit au sein des partis politiques ou parmi les chercheurs, les interrogations ne manquent pas.

Désormais, les membres des délégations vont devoir retourner auprès de leurs mandant·es pour défendre ce « pari de la confiance » et trouver les arguments pour les convaincre.

Les discussions sont donc appelées à se poursuivre tant sur le plan national qu’en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.

Pour le peuple kanak, une nouvelle étape vers une forme de souveraineté vient de s’ouvrir.
Communiqué de l’APRÈS
Kanaky : « Le pari de la confiance »

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Accord Calédonie - Kanaky Juillet 2025 - L'après_Page_1