Pourquoi l’assurance maladie est-elle en déficit ?
Par Jean-François Le Dizès. Le 29 octobre 2025.
Réduire les remboursements, c’est remettre en cause la sécu
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit le doublement du ticket modérateur. Le but n’est pas de lutter contre le gaspillage comme le voulait cette franchise au départ, mais de réduire les dépenses de la Sécu.
Les politiciens de droite mettent l’augmentation continuelle des dépenses de santé sur le dos des patients, qui abuseraient de la Sécu. Ne faut-il pas chercher ailleurs les principales raisons de cette augmentation ? À savoir le vieillissement de la population et les progrès médicaux dont nous profitons toutes et tous ?
Il serait donc logique d’augmenter les recettes de l’assurance maladie et non de diminuer les remboursements.
Prévenir plutôt qu’avoir à payer
Par ailleurs, dans ce projet de loi, rien n’est dit sur la prévention alors que celle-ci présage des dépenses futures et qu’il y a beaucoup à faire à ce sujet :
- Le fait qu’un tiers des postes de médecins scolaires ne soit pas pourvu 1https://www.ouest-france.fr/education/si-rien-nest-fait-il-ny-aura-plus-de-medecins-scolaires-lalerte-dune-professionnelle-0619c0d4-a2ca-11f0-8fee-8372019c9ceane peut que nuire à la santé des jeunes et surtout à leur futur, et donc augmenter à termes les dépenses de santé.
- Au sujet de la santé des travailleur·euses, depuis des années, les inspecteur·rices du travail se plaignent de ne pas pouvoir assurer leur mission à cause de leur nombre insuffisant. À ce sujet, la suppression par Macron des CHSCT n’a rien arrangé ! Remarquons que les finances de la Sécu pâtissent aujourd’hui des dégâts passés provoqués par l’amiante !
- En agriculture, l’usage de pesticides nuit fortement à la santé des agriculteur·rices. Ainsi, en cas d’usage d’insecticides organochlorés, le nombre de cancers de la prostate augmente de 30 à 56% selon la molécule2https://www.courrierdesmaires.fr/article/les-agriculteurs-premieres-victimes-de-l-usage-constant-des-pesticides.57630. Notons que c’est maintenant que l’on fait les frais de l’usage passé du chlordécone aux Antilles françaises.
- La pollution, notamment celle de l’atmosphère, nuit à la santé. Rien que les particules fines (PM 2,5) produisent en France chaque année 40 000 décès prématurés3https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2021/pollution-de-l-air-ambiant-nouvelles-estimations-de-son-impact-sur-la-sante-des-francais#:~:text=Elle%20conclut%20que%20la%20mortalit%C3%A9,(PM2%2C5).
- On sait qu’un·e Français·e sur cinq est touché·e par un trouble psychiatrique4https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/2025-01/Communiqu%C3%A9%20de%20presse%20Avis%20147_1.pdf et que les maux mentaux se répercutent sur la santé physique. L’abandon par nos dirigeant·es politiques de la psychiatrie est-il un bon calcul ne serait-ce que financièrement parlant ?
- De même, on constate que les canicules provoquent des décès et des maladies. La France devrait donc contribuer beaucoup plus à la réduction des émissions mondiales de gaz à effets de serre.
- La France pourrait également s’inscrire davantage dans la nécessaire réduction mondiale de l’usage des plastiques qui nuisent de plus en plus à la santé humaine.
Bien sûr, au-delà des avantages financiers, les mesures préventives auraient avant tout des conséquences favorables à la santé de toutes et tous.
Mais pour prendre en considération tous ces points, il faut obligatoirement augmenter certains budgets de l’État et surtout oser affronter les tenants de l’économie libérale.
Notes
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