Trente ans après, la grande mobilisation de novembre – décembre 1995 reste en mémoire. Un retour s’impose. Est-ce de la nostalgie ? Un « succès » oublié ? Le premier volet décrit le fait lui-même. Le second marque les espoirs. Le troisième : Après ce mouvement, des enjeux actuels. Partie 3/3.
1995… Pour mieux comprendre, trente ans après. 3/3
Par Pierre Cours-Salies. Le 28 octobre 2025.
Quelques questions, pour avancer
Certaines expressions d’une solidité douteuse empêchent l’analyse du mouvement de novembre-décembre 1995.
La dissolution de 1997, « effet différé » de novembre 1995 ?
Cette « évidence », consolatrice sans doute devant un résultat non voulu suppose que « l’ébranlement » de novembre- décembre 1995 tend à provoquer pour le Président Chirac la nécessité de dissoudre.
Un roman à dormir debout ! Nous devons rendre compte de cette « évidence ». La défaite de la droite en 1997 « serait donc un succès, l’effet différé » de la mobilisation de novembre-décembre 1995.
Cela a été dit et appelle un examen.
Jacques Chirac n’a pas décidé la dissolution devant un mécontentement et des mobilisations dans le pays, ni d’une fronde de sa majorité. C’est un choix totalement tactique : conforter son pouvoir, acquis aux législatives en 19931– En 1993, la droite a bénéficié des résultats du début de deuxième septennat de F. Mitterrand. Au premier tour, avec Jacques Chirac, elle obtient 42,88% des voix ; le PS, 20,13% ; le FN 12,42 ; le PC 9,30%. Le PS qui avait obtenu près de 9 millions de suffrages en 1988 n’en conserve plus que la moitié, avec 4,7 millions. Au second tour, 99 députés de gauche… Voir Jérôme Jaffré, La droite restaurée, Pouvoirs n°23. Dès cette échéance, sans député, le Front National « est installé »., « la droite restaurée », puis à la présidentielle de 1995 et préparer la prochaine.
Un an avant l’élection législative de 1998, il veut s’assurer une majorité de député·es réélu·es, pour l’accompagner jusqu’en 2002 où il compte bien se présenter et gagner. Il dissout l’Assemblée pour la faire réélire : les effets de rejet devant le bilan du deuxième septennat de F. Mitterrand risquaient de s’estomper. Il craint qu’un budget d’austérité, prévu, lui fasse perdre les élections de 1998 ; alors, il ment, et annonce un projet de baisse des impôts. L’idée est de gagner lors d’élections législatives anticipées et, ensuite, de se lancer dans les mesures qui risquent d’être impopulaires. Il veut disposer de « sa » majorité pour cinq ans, de 1997 à 2002, pour être réélu.
Et il perd ce pari2– Des 495 députés de 1995 pour la droite, il en reste 253. Le PS, le PC et les Verts en totalisent 319 (250 PS, 36 PC, 33 Verts).: les politiques sociales et économiques, la montée du chômage, les reculs de services publics ont usé sa base de popularité3– Avec 43,1 % des voix au premier tour, la gauche plurielle devance la majorité présidentielle (36,5 %) et le Front national (14,9 %). Le parti socialiste, avec 246 députés dans la nouvelle assemblée, est loin de la majorité absolue de 289. Il a besoin du Parti communiste (37 sièges), du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement (7), des radicaux de gauche (13), des divers gauche (9) et des Verts (8) qui, pour la première fois, font leur entrée à l’Assemblée nationale.
Le Front national, en faisant perdre à la droite une trentaine de circonscriptions, a fait l’autre partie du travail4– Arbitre du second tour, le FN a qualifié 130 candidats, les maintient dans 76 circonscriptions, contribuant dans les triangulaires à la défaite de la droite parlementaire..
Rien ne dit que la droite aurait eu d’aussi mauvais résultats avec des législatives « de reconduction » soutenues par le Président Chirac en 1998. Lionel Jospin devient le dirigeant de l’alliance de « la gauche plurielle ». Ce qui produit la plus longue « cohabitation », avec un gouvernement de la « gauche plurielle », de 1997 à 2002.
Sans développer sur cette nouvelle séquence, notons deux réflexions.
Une ironique, devant les calculs de Chirac en vue d’être réélu en 2002. Il l’a été, certes, mais pas du fait de sa gestion avec « sa majorité » comme il l’avait projeté5– En 2002, Jacques Chirac est réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec 720 319 voix supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %.…
En revanche, une autre remarque plus lourde. La loi du 30 décembre 1995 n’a pas été remise en cause par le gouvernement présidé par Lionel Jospin. Pas de réaction critique dans le « gouvernement de la gauche plurielle ». Dans ce domaine, a seulement été ajoutée, en 1999, la création de la Couverture maladie universelle (CMU)6– Issue du « plan Juppé », il s’agit d’un régime de couverture médicale « universalisé » par une assurance maladie universelle dont l’affiliation ne repose pas sur une condition de travail mais sur une condition de résidence. Cette couverture consiste en un « panier de soins couverts » auxquels un tarif a été fixé, tarif qui s’impose au professionnel de santé. Dans les faits, cette aide a permis de couvrir pratiquement l’ensemble de la population sans que les professionnels de santé aient eu besoin de faire la charité aux plus démunis..
Mais, pour respecter la loi Juppé instaurant les lois de financement de la Sécurité sociale, la règle pour ce gouvernement sera l’ordonnance du 24 avril 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses de soins. Priorité aux réductions des personnels de santé et refus des embauches qui auraient logiquement été nécessaires du fait de la loi pour les 35 heures…
Qui s’est souvenu de la grève des infirmières ? Une décision de « continuité législative » qui évidemment appelle quelques lectures critiques. Ne subissons-nous pas « l’effet » de l’effondrement de la gauche depuis le début des années 1990 ? Quant à la contre-réforme des retraites, elle a poursuivi son chemin – effet continuité ! – en 2003 avec la « réforme Fillon »7-La loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites, dite « loi Fillon sur les retraites »1, est une réforme du régime des retraites de base conduite en 2003 par François Fillon (alors ministre des Affaires sociales), qui a modifié le système de la Retraite en France. Cette loi étend la réforme Balladur des retraites de 1993 à la fonction publique, concerne les retraites portant sur la part des revenus inférieure au plafond de la Sécurité Sociale. Elle a été conçue, selon Jacques Chirac, dans une optique annoncée de sauvegarde de la retraite par répartition. Ses principales dispositions incluent un allongement de la durée de cotisation, des incitations à l’activité des « seniors » et la mise en place d’un système de retraite par capitalisation individuel, le PERP, à l’image de ce qu’ont prévu la plupart des systèmes de retraite en Europe..
Une réaffirmation des buts du mouvement ouvrier.
Cette mobilisation de 1995 est vécue, politiquement, comme une réaffirmation des buts du mouvement ouvrier.
Au sens strict, toutefois, les résultats sont, sur le fond, une défaite majeure avec l’adoption du Plan Juppé qui instaure des « Les lois de financement de la Sécurité sociale » et l’étatisation accrue de la Sécurité sociale (voir annexe).
Le dynamisme collectif a redonné du tonus aux équipes militantes. Sur ce plan, la notion d’« effet différé » est bien fondée ! Dans le mouvement syndical et les associations de lutte, malgré les limites des résultats, une confiance collective plus grande s’affirme. Elle se traduit dans des effets contradictoires : l’écœurement de militants de la CFDT, assez vite, amène à des scissions et des créations de syndicats SUD.
Deux raisons :
- pour ne pas devoir dépendre d’une direction confédérale qu’il a fallu affronter durant le mouvement ;
- parce que cette direction s’emploie à se débarrasser des gêneur·euses.
La campagne pour les droits des chômeurs se poursuit8– Nicole Notat, Secrétaire Générale de la CFDT « prend la Présidence de l’UNEDIC Le conseil d’administration de l’Unedic, mardi 1er octobre, grâce au vote, à bulletin secret, du conseil exécutif du CNPF en sa faveur (Le Monde 2 oct. 1996). Une déclaration patronale vaut d’être rappelée : « ce n’est pas le moment de retirer à Mme Notat la présidence de l’Unedic alors qu’elle y a bien travaillé et qu’elle a accepté de retrousser ses manches à la Caisse d’assurance maladie »..
Elle amène à une expression très forte de la « CFDT TOUS ENSEMBLE ! »9– Une publication est créée, Tous ensemble, pour donner une expression publique pour une intervention externe à la CFDT qui se poursuivra sur la réduction du temps de travail en 1997 lors des débats pour la loi des 35h portée par Martine Aubry.
Dans la CGT est amorcée, une démarche d’élaboration que Maryse Dumas10– Maryse Dumas, membre de la direction confédérale de la CGT de décembre 1995 à 2009. Article dans La Pensée n°412 « Syndicats face aux mutations du capitalisme ». – qui en fut une des animatrices – exprime par l’expression Démarchandiser le travail pour contrecarrer le capital.
Un débat politique, sur le plan des buts historiques et des références stratégiques, se greffa dans le cours même du mouvement : publication dans la revue Esprit (fin novembre) de l’appel des intellectuels exprimant leur soutien aux positions de N. Notat ; publication dans Le Monde (15 décembre) de l’appel des intellectuels soutenant les grévistes.
Des livres suivront11– Alain Touraine et al., Le Grand Refus. Réflexions sur la grève de décembre 1995, Fayard, 1996, 320 p.
Claude Leneveu et Michel Vakaloulis (dir.) Faire mouvement, PUF, 1998. Sophie Béroud et René Mouriaux, Le Souffle de décembre. Le Mouvement social de 1995 : continuités, singularités, portée, Éditions Syllepse, 1997, réédité sous le titre Le Souffle de l’hiver 1995, Éditions Syllepse, 2001. Robert Castel, Métamorphose de la question sociale. Une chronique du salariat, Fayard, 1995 . Robert Castel et Claudine Haroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, Fayard, 2001. Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis (Sous la direction de) Les mobilisations collectives : Une controverse sociologique, PUF – 2003. Avec des contributions de Pierre Cours-Salies, Gérard Mauger, René Mouriaux, Michel Vakaloulis, Michel Wieviorka..
Des associations comme ATTAC et Copernic trouvent un écho accru. Mais c’est une tout autre dimension : la confrontation idéologique, visant à comprendre les transformations du et dans le travail, délimiter un combat contre l’hégémonie du « capitalisme globalisé » avec ses politiques anti-sociales et anti démocratiques
Des expressions d’une solidité douteuse…
Certaines expressions fréquentes empêchent l’analyse du mouvement de novembre-décembre 1995, qu’il faut revisiter. Nous avons rendu compte de cette « évidence » qui tend à faire de la défaite de la droite en 1997 « l’effet différé » de la mobilisation de novembre-décembre 1995.
La « grève par procuration »
Cette fameuse image d’un usage courant, a en fait jeté un voile sur ce qui demandait à être compris. En apparence, un fait massif y correspond : les grèves reconductibles dans les transports, notamment la SNCF, provoquaient un effet de paralysie de beaucoup d’activités ; et bien des manifestations étaient ainsi grossies de dizaines de milliers de personnes, en grève ou pas, venues marquer leur soutien, qui a progressé durant plus de trois semaines. Il faut cependant une analyse plus concrète : un double décrochage a lieu quant aux formes de l’action et pour les exigences exprimées. Il est visible mais négligé sur le moment.
La remise en cause des statuts de personnels qui ont gagné des aménagements de leurs situations de travail (SNCF et RATP notamment) est ressenti comme une menace pour toutes et tous ; cela se voit avec les 50% de fonctionnaires en grève le 20 octobre, et dans le dynamisme de ces manifestations. L’idée qu’il existe tout un plan sur l’avenir des droits à la Sécurité sociale et de restrictions pour la santé exprime un malaise, le refus par avance de la remise en cause des institutions de solidarité12– Collectif, revue de débat intersyndical avait publié un numéro à la Protection sociale en juillet 1995.. Les désaveux, qui ont fait la défaite électorale de la gauche en 1993, s’expriment à nouveau dans ces mobilisations, et ce n’est donc pas sans raison que le clivage éclate entre les intellectuels du « centre démocrate libéral-social »13– Les animateurs du soutien à Rocard sous la forme de « vive la crise » qui oblige à dépasser les « corporatismes » se retrouvent pour dénoncer. Le Grand Refus, Fayard, 1996,opposés à tous les courants critiques.
La réaffirmation des luttes de classe
En même temps, après des années où le mouvement syndical apparaissait incapable d’autonomie revendicative à l’égard des gouvernements de gauche, la mobilisation populaire massive donne l’idée d’une reprise dynamique des luttes de classe.
Ainsi, une dizaine de jours avant les appels des intellectuels, une vingtaine d’enseignants-chercheurs de l’Université Paris 8, avec les traditions du lieu, entre deux Assemblées générales de tous les personnels avec les étudiant·es, écrivent un texte : pour marquer les rejets des mauvais coups sociaux et pour affirmer les objectifs d’actualité avec l’idée que le 20e siècle allait enfin finir et ouvrit un nouvel avenir !
Toutefois, bien des syndicalistes expliquent comment eux-mêmes et leurs collègues de travail peuvent participer aux manifestations tout en travaillant dans leurs entreprises si la situation le permet ou l’appelle. Avec une donnée trop facilement passée sous silence, la situation effective des segments du salariat, si on les observe et écoute : la scie des crédits à payer, et les salaires toujours trop bas, le chômage, et l’insécurité dans l’emploi, la précarité…
Une telle approximation, cependant, laisse croire à un simple « retour des luttes de classe ». Ce retour visible, comme il a été proclamé, est accompagné par une réalité trop peu discutée par le mouvement ouvrier à l’époque : la précarisation. Elle était pourtant très présente, dès qu’une discussion avait lieu14– Dans une quinzaine d’entretiens réalisés durant les jours de grève, le changement des rapports sociaux formait la trame des propos. P. Cours-Salies, « Le Collectif et le particulier. Réflexions autour d’un mouvement inachevé », Cahiers du GEDISST n°18, 1997. L La Confédération générale du travail (CGT) a fait le choix de syndiquer les chômeurs en son sein.es Marches, organisées sur l’initiative d’AC ! en 1994 (Marche nationale) et en 1997 (Marche européenne) qui vont permettre au mouvement de se structurer. Plus d’une centaine de collectifs se constituent dans la foulée en France.. Citons un jeune chauffeur-livreur : « les salariés du secteur public sont peut-être le dernier carré, ceux qui ont les moyens de ne pas se laisser faire. S’ils peuvent faire reculer le gouvernement, ce sera bon pour tous les salariés (…) puisqu’ils ont commencé, qu’ils marquent un grand coup. Il faut faire sentir qu’on ne peut plus accepter ce système. (…) Cela ne peut faire que du bien, parce que les autres, les patrons, les ministres, tout ça, ils se croient tout permis ». Il ne s’agit en rien d’un « passager-clandestin » qui voudrait tirer profit de l’action collective sans s’engager lui-même. Le « tous ensemble » contre le « chacun pour soi »15 – Francis Sitel, Critique communiste n°144. La coordination nationale des sans-papiers est créée en juillet 1996 en pleine occupation des sans-papiers de l’Église Saint-Bernard.. Loin de ce que Mancur Olson16– M. Olson, La logique de l’action collective, PUF, 1978. Sa représentation vise à instaurer un modèle d’actions morcelées, de régulation du système de domination. Pour Olson, les grands groupes rencontrent des coûts relativement élevés pour organiser leur action collective alors que de petits groupes seront confrontés à des coûts relativement faibles. pensait comme le modèle de l’action collective, ce jeune rencontré par hasard traduisait le rapport à reconstruire pour former une classe en action.
Pour ne pas retomber dans les aspects illusoires de la « grève par procuration » la dimension politique, culturelle, institutionnelle ne peut être éludée.
Depuis, les batailles politiques autour du chômage ont fait apparaître nettement l’éclatement voulu et géré par l’État. Abracadabra ! Jouez du nominalisme et en mettant d’autres mots, des « catégories », vous n’aurez plus que du chômage « résiduel », avec un assistanat à peu de prix pour des malades ou des « bénéficiaires » du RSA17 – Cette « innovation » servira de support pour imposer un travail forcé, au prix d’une maigre allocation.. Morceler les « porteurs de travail » constante du système, on le sait bien : il y a entre 9,4 millions et 10,4 millions de personnes qui sont dans une situation de chômage et de précarité.
De façon structurelle : sur 10 ans, 29% des allocataires du chômage n’ont jamais connu de contrats de plus de 10 mois. Sans construire une réelle possibilité sociale, un but de mobilisation autour de droits établissant une unité des salarié·es, comment serait-il possible de dépasser la division de fait, produite par les résultats des politiques patronales ? Les options de la bourgeoisie pour remodeler le salariat en diverses catégories et situations morcelées ont été poursuivies avec constance, en fait, depuis les années 1970.
Cette situation d’un développement des formes de précarisation date des calculs historiques et de l’initiative politique de la Trilatérale18– Dès l’après Mai 68, pour rendre les « démocraties gouvernables », des intellectuels se regroupent, avec les prophètes du néo-libéralisme, pour définir des règles face aux exigences de plus de socialisation des richesses et de plus de démocratie. Leurs réponses ont cheminé et se sont muées en normes de relations internationales et de fonctionnement effectif du système politique démocratique. Le but, comme le dit le rapport de la Trilatérale en 1975, est d’obtenir une certaine mesure d’apathie et de non-participation de la part de quelques individus et groupes (…) Et le danger demeure de surcharger le système politique d’exigences qui étendent ses fonctions et sapent son autorité. Les exigences vis-à-vis d’un gouvernement démocratique augmentent, alors que la capacité d’un gouvernement démocratique stagne P. Cours-Salies, A la prochaine… éd. Syllepse, p. 109-113. . Elle s’affirme comme norme monétariste et de libre spéculation internationalisée, avec des variations, à partir de 1990 et de la « globalisation capitaliste » facilitée par l’ultime fin de l’URSS. Elle permet de recenser environ 50% du salariat fragilisé. Elle pesait déjà très lourd en 1995, tout à côté de la définition du chômage 19 – Selon un rapport de l’OIT de 2018, l’économie informelle emploie plus de 60 pour cent de la population active dans le monde. Pour qui évoque le commerce mondial, 93 pour cent de l’emploi informel dans le monde se trouvent dans les pays émergents et en développement. En Afrique, 85,8 pour cent des emplois sont informels. La proportion est de 68,2 pour cent en Asie et Pacifique, de 68,6 pour cent dans les Etats arabes, 40,0 pour cent pour les Amériques et 25,1 pour cent en Europe et en Asie centrale. La majorité d’entre eux sont privés de protection sociale, de droits au travail et de conditions de travail décentes https://www.ilo.org/fr/resource/news/l%E2%80%99%C3%A9conomie-informelle-emploie-plus-de-60-pour-cent-de-la-population-active. Comment unifier sur des buts ?
Cette contradiction dans la mobilisation aurait pu – et dû ? – stimuler une élaboration de réponses à apporter pour mobiliser vraiment autour des objectifs compris et revendiqués en commun : encouragement pour les activités communes entre mouvements sociaux, forces politiques de gauche, alternatives écologiques et altermondialistes.
Hier, mais aussi aujourd’hui
Des « rapports de force » et des enjeux plus importants. Même avec des succès partiels, la question est celle des objectifs réellement poursuivis…
Force et limites du « Juppéton »…
Alain Juppé avait mis une barre haute, pour montrer ses qualités de chef : « si 2 millions de personnes sont mobilisées, je verrais » …. Il pensait qu’elle ne serait par franchie. Orchestré par les manifestations, ce fut « le Juppéton ». Objectif atteint et dépassé ; mais la loi n’est pas retirée.
Où était donc l’enjeu décisif ? Obtenir des « reculs » sur des mesures gouvernementales ou rejeter « le plan Juppé » ?
Du fait de la morgue ironique d’Alain Juppé lui-même, au fil des manifestations, une question a été discutée afin de renforcer les mobilisations : forme et buts à donner à celles-ci.
Ici, il faut comprendre les échanges entre la CGT et la « gauche de la CFDT »20– Restée hors des informations et commentaires publics, elle eut lieu à l’initiative de la gauche de la CFDT. Cette commune expérience avait multiplié les contacts téléphoniques entre plus d’une trentaine d’unions départementales et de multiples syndicats. D’où le besoin, dès le soutien apporté au Plan Juppé par Nicole Notat, Secrétaire générale, d’avoir une sorte de secrétariat assurant les liaisons entre syndicalistes pour s’informer, discuter des suites. Une conséquence : le constat assez rapide que la succession des manifestations finirait par user à l’approche de Noël. Une idée fût donc formulée : faisons à Paris une grande manifestation convergente vers le centre et restons-y. Nous lui dirons « nous n’en partirons pas tant que le Plan Juppé ne sera pas retiré ». Cette hypothèse dynamique, soumise aux diverses conférences téléphoniques qui permettaient de vérifier si elle plaisait et dans combien de villes cela pouvait se traduire par un sit-in devant les Préfectures ou les sièges de députés de droite. . Celle-ci développait la mobilisation en désavouant la direction confédérale. Elle sortait forte de ses scores au congrès confédéral tenu en mai, . Cette commune expérience avait multiplié les contacts téléphoniques entre plus d’une trentaine d’unions départementales et de multiples syndicats. D’où le besoin, dès le soutien apporté au Plan Juppé par Nicole Notat (Secrétaire générale) d’avoir une sorte de secrétariat assurant les liaisons entre syndicalistes pour s’informer, discuter des suites. Une conséquence : le constat assez rapide que la succession des manifestations finirait par user à l’approche de Noël. Une idée fût donc formulée : puisque Juppé mesure le désaveu, faisons une sorte de sit-in… Ce projet tactique faisait un accord dans bien assez de départements.
Une rencontre avec la CGT fût organisée. Cette délégation du Bureau confédéral CGT, intéressé par cette idée d’une porte de sortie forte, se traduisait après le temps de la discussion de la direction par une conclusion : la CGT ne ferait pas ce qui était proposé, parce que, au vu des années passées, l’essentiel pour elle était de retrouver une table de négociations et faire valoir les revendications.
Il aurait sans doute été possible d’exiger le retrait de ce Plan Juppé, malgré le soutien apporté par la direction Notat de la CFDT à la politique gouvernementale. Mais, soulignons-le : rejeter le Plan Juppé aurait aussi remis en cause toutes les dérives contre la Sécurité sociale, celles des gouvernements de droite et celles du PS de Mitterrand depuis son ralliement au « monétarisme ».
Relisant ce résumé, un scrupule tout de même : il est en grande partie vrai que le décalage entre les propositions de la gauche de la CFDT et les réponses de la direction CGT avaient une base matérielle. Du côté des forces de la CFDT, l’opposition à la direction confédérale était largement unifiée avec une stimulation de plus pour rejeter l’option de la direction confédérale.
Aucune force, politiquement, ne structurait une argumentation de défense du principe de la cotisation, partage, socialisation partielle et gestion de la richesse produite…
Nous étions devant un Plan Juppé, une réforme technocratique, reprise et systématisée, de celle faite par les gouvernements de gauche vers plus de libéralisme… Et le mot d’ordre implicite du mouvement dépassait les revendications catégorielles en prônant la défense du service public et des avantages acquis contre la dérégulation du capitalisme financier.
Du côté de la CGT, se posait en outre les questions de tactique à l’égard des gouvernements de gauche depuis 1981. Pour tous les militants syndicaux, les « restructurations » (licenciements et fermetures…) et les contournements des statuts des salarié·es – demandés et obtenus par les patronats –, avaient produit un véritable affaiblissement. Les forces en mouvement en novembre 1995 ne répondaient que très partiellement à cette situation !
Ces faits ont été bien résumés résumé par Maryse Dumas21 – De 1975 à 1995, la CGT perd 75 % de ses adhérents. Elle recueillait 32 % des voix aux élections pour les comités d’entreprises en 1981-1982. Elle n’en obtient plus que 22 % dix ans plus tard. Les licenciements de délégués censés pourtant être « protégés » se comptent par dizaines de milliers. La crainte des représailles patronales devient le premier motif de non-syndicalisation avoué par les salarié·es du privé. Le collectif militant de la CGT présente de plus en plus une image inversée du salariat : vieillissant et majoritairement masculin, plus souvent issu du secteur public et des catégories les plus stables du salariat, il n’est plus en adéquation avec celles et ceux qu’il doit représenter et organiser. Article de revue Démarchandiser le travail pour contrecarrer le capital Par Maryse Dumas https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2022– Dans une option de consolidation d’un syndicalisme qui réponde à la réalité : À la fin du XXe siècle, devant l’offensive néolibérale, le rapport de forces devient très défavorable aux salariés. La CGT estime alors le moment venu de construire une nouvelle vision de la condition salariale susceptible de donner des perspectives aux luttes et de rééquilibrer les rapports de forces en faveur de celles et ceux qui vivent de leur travail. Elle met alors en cohérence ses propositions revendicatives pour gagner un « Nouveau statut du travail salarié » et passer ainsi d’une démarche syndicale en « défense » à une démarche en « conquête ».. De même, malgré le dynamisme dans la création de l’association Agir ensemble contre le chômage et d’autres « mouvements sociaux »22 – En 1999 ont lieu deux grandes manifestations : la marche mondiale des femmes et la marche internationale contre le chômage à Cologne. , la faible participation numérique à ces activités souligne les difficultés à faire s’exprimer, massivement, des actions collectives nombreuses au-delà des sentiments de solidarités.
Des débats d’orientation murissent
Ce parcours du mouvement de fin 1995 met en évidence une question qui appelle une contribution en complément de celle-ci !
Comment expliquer l’écart entre des publications sur les questions du travail et la faible prise en charge par des débats d’orientation et les mouvements revendicatifs ?
Sans vouloir en recenser un trop grand nombre, on peut s’étonner que ces réflexions paraissent comme dans un autre monde que celui des débats politiques et syndicaux. D’où, en annexe, une « note » : Recherches et actions collectives.
Cette impression de deux couloirs parallèles alerte. Activités parlementaires, syndicales, associatives, et analyses sociologiques, historiques ne sont pas « hors champ » sans que cela interroge.
L’écart entre l’actualité sociale effective et une perspective de remise en cause globale – « Cette société-là, on n’en veut pas ! » – exprime un ensemble de souffrances, plus ou moins invisibilisées.
Nous avons vécu novembre-décembre 1995 dans une sorte d’entre deux : déceptions, espoirs, avec des occasions et situations dont un nombre plus ou moins grand se saisit.
L’affirmation des extrêmes-droites, absentes en 1995, n’a pas inversé la situation, comme l’a montré la forte participation aux législatives de 2024.
Au travers de combien de vicissitudes, la possibilité de faire émerger un nouvel avenir et d’y participer n’a pas disparu ! Une force qui avait provoqué les « Nuit debout » en 2016, en lien avec les mobilisations contre la Loi Travail du gouvernement Hollande … En soutien, souvent, aux Gilets Jaunes, en 2019.
L’idée d’une sorte de Front populaire démocratique reste présente et porte en écho les espoirs des derniers mois de 1995. Des inquiétudes et des aspirations sont présentes dans les expressions d’un monde que beaucoup craignent de voir se perdre. Il fut affirmé, dès 1943 : le travail n’est pas une marchandise; la liberté d’expression et d’association est une condition indispensable d’un progrès soutenu ; la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous…
Et les années 2023 et 2025 en ont souligné la nécessité, qui peut porter pour une cohésion de classe, un engagement : Construisons une Sécurité sociale du XXIe siècle23– « Construisons une sécurité sociale du XXIe siècle » titre d’un article remarquable de Gérard Gourguechon, dans Utopiques, 12, revue de L’Union syndicale Solidaires. De même, la brochure Réformes des retraites et lutte des classes https://www.lesutopiques.org/reformes-des-retraites-et-lutte-des-classes/
NOTE : Recherches et actions collectives
Contentons-nous de quelques titres et de quelques auteurs, de 1995 à 2006 : Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Nicolas Hatzfeld, Gérard Noiriel, Pierre Bourdieu et beaucoup d’autres… Ce fait devrait prendre une place assez ample, surtout actuellement. Une analyse développée complèterait cette contribution-ci. Il s’agirait de montrer ce qui était discuté, connu, dès ces années, et qui, pour la plupart, n’a eu qu’une place restreinte dans les discussions politiques ou syndicales.
Son importance doit être aussi évaluée en comparaison de ce qui a marqué, négativement, le mouvement de fin 1995 : une conscience de classe troublée et un affaissement des réflexions stratégiques.
Mais une grande richesse d’études, de propositions de chercheurs et de groupes militants.
Pour compléter, citons là quelques titres – collectifs souvent – qui n’ont pas trouvé un espace de discussion dans les milieux militants24 – Pierre Cours-Salies, coordination – La liberté du travail ; réd. par Mateo Alaluf, Sylvain Broccolichi, Christophe Dejours… Y. Schwartz, Jean-Marie Vincent… — 1995 –éd. Syllepse
P. C-S, avec René Mouriaux L’Unité syndicale en France (1997). éd. Syllepse
Pierre Cours-Salies, Stéphane Le Lay (dir.), Le bas de l’échelle. La construction sociale des situations subalternes, Erès, coll. « Questions vives sur la banlieue », 2006.
P. C-S René Mouriaux rééd du livre de Pouget et Pataud de 1909, Comment nous ferons la révolution (1995, éd. Syllepse P. C-S avec René Lourau et René Mouriaux rééd. d’Henri Lefebvre, Mai 68, l’irruption… (1998). éd. Syllepse.
Cette interrogation – fortement exprimée depuis 2020 par Thomas Coutrot, Alexis Cukier et Julien Lusson, animateurs des « Ateliers travail et démocratie » – trouvera-t-elle plus facilement à cristalliser une réflexion sur ce qui change dans les relations de travail et dans les relations de classe ?25– https://www.sante-et-travail.fr › ne-lachons-pas-travail. Lire aussi Thomas Coutrot Co-auteur : Coralie Perez Redonner du sens au travail Une aspiration révolutionnaire, Seuil, 2022. Rappelons les Assises de la santé et sécurité des travailleurs et travailleuses des 13 et 14 mars 2024 ; et les documents de la campagne La sécurité sociale a 75 ans ! reprise cette année où elle a 80 ans. https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/la-securite-sociale-a-75-ans ; ainsi que Jean Claude Chailley de la Convergence Nationale des services publics https://www.convergence-sp.fr/ 14 octobre 2020, par Jean Claude Chailley : « La Sécurité sociale est le fruit d’un très long combat. »
Elle parcourt les dossiers et articles de la revue Les Mondes du Travail, de 2006 à 2024. Elle est présente, à l’échelle européenne, avec le travail de Laurent Vogel, dont il faut citer L’outil du droit communautaire dans les luttes pour la santé au travail en Europe.26– https://syndicollectif.fr/sante-au-travail-un-article-de-laurent-vogel/
Son importance doit être aussi évaluée en comparaison de ce qui a marqué, négativement, le mouvement de fin 1995 : une conscience de classe troublée et un affaissement des réflexions stratégiques. Mais une grande richesse d’études, de propositions de chercheurs et de groupes militants. Et d’institutions comme l’Organisation internationale du travail (OIT)27– https://www.ilo.org/fr/resource/news/la-declaration-de-philadelphie-75-ans…
Pour compléter, vous pouvez lire sur notre site :
Notes
- 1– En 1993, la droite a bénéficié des résultats du début de deuxième septennat de F. Mitterrand. Au premier tour, avec Jacques Chirac, elle obtient 42,88% des voix ; le PS, 20,13% ; le FN 12,42 ; le PC 9,30%. Le PS qui avait obtenu près de 9 millions de suffrages en 1988 n’en conserve plus que la moitié, avec 4,7 millions. Au second tour, 99 députés de gauche… Voir Jérôme Jaffré, La droite restaurée, Pouvoirs n°23. Dès cette échéance, sans député, le Front National « est installé ».
- 2– Des 495 députés de 1995 pour la droite, il en reste 253. Le PS, le PC et les Verts en totalisent 319 (250 PS, 36 PC, 33 Verts).
- 3– Avec 43,1 % des voix au premier tour, la gauche plurielle devance la majorité présidentielle (36,5 %) et le Front national (14,9 %). Le parti socialiste, avec 246 députés dans la nouvelle assemblée, est loin de la majorité absolue de 289. Il a besoin du Parti communiste (37 sièges), du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement (7), des radicaux de gauche (13), des divers gauche (9) et des Verts (8) qui, pour la première fois, font leur entrée à l’Assemblée nationale
- 4– Arbitre du second tour, le FN a qualifié 130 candidats, les maintient dans 76 circonscriptions, contribuant dans les triangulaires à la défaite de la droite parlementaire.
- 5– En 2002, Jacques Chirac est réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec 720 319 voix supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %.
- 6– Issue du « plan Juppé », il s’agit d’un régime de couverture médicale « universalisé » par une assurance maladie universelle dont l’affiliation ne repose pas sur une condition de travail mais sur une condition de résidence. Cette couverture consiste en un « panier de soins couverts » auxquels un tarif a été fixé, tarif qui s’impose au professionnel de santé. Dans les faits, cette aide a permis de couvrir pratiquement l’ensemble de la population sans que les professionnels de santé aient eu besoin de faire la charité aux plus démunis.
- 7-La loi du 21 août 2003 portant réforme des retraites, dite « loi Fillon sur les retraites »1, est une réforme du régime des retraites de base conduite en 2003 par François Fillon (alors ministre des Affaires sociales), qui a modifié le système de la Retraite en France. Cette loi étend la réforme Balladur des retraites de 1993 à la fonction publique, concerne les retraites portant sur la part des revenus inférieure au plafond de la Sécurité Sociale. Elle a été conçue, selon Jacques Chirac, dans une optique annoncée de sauvegarde de la retraite par répartition. Ses principales dispositions incluent un allongement de la durée de cotisation, des incitations à l’activité des « seniors » et la mise en place d’un système de retraite par capitalisation individuel, le PERP, à l’image de ce qu’ont prévu la plupart des systèmes de retraite en Europe.
- 8– Nicole Notat, Secrétaire Générale de la CFDT « prend la Présidence de l’UNEDIC Le conseil d’administration de l’Unedic, mardi 1er octobre, grâce au vote, à bulletin secret, du conseil exécutif du CNPF en sa faveur (Le Monde 2 oct. 1996). Une déclaration patronale vaut d’être rappelée : « ce n’est pas le moment de retirer à Mme Notat la présidence de l’Unedic alors qu’elle y a bien travaillé et qu’elle a accepté de retrousser ses manches à la Caisse d’assurance maladie ».
- 9– Une publication est créée, Tous ensemble, pour donner une expression publique pour une intervention externe à la CFDT
- 10– Maryse Dumas, membre de la direction confédérale de la CGT de décembre 1995 à 2009. Article dans La Pensée n°412 « Syndicats face aux mutations du capitalisme ».
- 11– Alain Touraine et al., Le Grand Refus. Réflexions sur la grève de décembre 1995, Fayard, 1996, 320 p.
Claude Leneveu et Michel Vakaloulis (dir.) Faire mouvement, PUF, 1998. Sophie Béroud et René Mouriaux, Le Souffle de décembre. Le Mouvement social de 1995 : continuités, singularités, portée, Éditions Syllepse, 1997, réédité sous le titre Le Souffle de l’hiver 1995, Éditions Syllepse, 2001. Robert Castel, Métamorphose de la question sociale. Une chronique du salariat, Fayard, 1995 . Robert Castel et Claudine Haroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, Fayard, 2001. Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis (Sous la direction de) Les mobilisations collectives : Une controverse sociologique, PUF – 2003. Avec des contributions de Pierre Cours-Salies, Gérard Mauger, René Mouriaux, Michel Vakaloulis, Michel Wieviorka. - 12– Collectif, revue de débat intersyndical avait publié un numéro à la Protection sociale en juillet 1995.
- 13– Les animateurs du soutien à Rocard sous la forme de « vive la crise » qui oblige à dépasser les « corporatismes » se retrouvent pour dénoncer. Le Grand Refus, Fayard, 1996,
- 14– Dans une quinzaine d’entretiens réalisés durant les jours de grève, le changement des rapports sociaux formait la trame des propos. P. Cours-Salies, « Le Collectif et le particulier. Réflexions autour d’un mouvement inachevé », Cahiers du GEDISST n°18, 1997. L La Confédération générale du travail (CGT) a fait le choix de syndiquer les chômeurs en son sein.es Marches, organisées sur l’initiative d’AC ! en 1994 (Marche nationale) et en 1997 (Marche européenne) qui vont permettre au mouvement de se structurer. Plus d’une centaine de collectifs se constituent dans la foulée en France.
- 15– Francis Sitel, Critique communiste n°144. La coordination nationale des sans-papiers est créée en juillet 1996 en pleine occupation des sans-papiers de l’Église Saint-Bernard.
- 16– M. Olson, La logique de l’action collective, PUF, 1978. Sa représentation vise à instaurer un modèle d’actions morcelées, de régulation du système de domination. Pour Olson, les grands groupes rencontrent des coûts relativement élevés pour organiser leur action collective alors que de petits groupes seront confrontés à des coûts relativement faibles.
- 17– Cette « innovation » servira de support pour imposer un travail forcé, au prix d’une maigre allocation.
- 18– Dès l’après Mai 68, pour rendre les « démocraties gouvernables », des intellectuels se regroupent, avec les prophètes du néo-libéralisme, pour définir des règles face aux exigences de plus de socialisation des richesses et de plus de démocratie. Leurs réponses ont cheminé et se sont muées en normes de relations internationales et de fonctionnement effectif du système politique démocratique. Le but, comme le dit le rapport de la Trilatérale en 1975, est d’obtenir une certaine mesure d’apathie et de non-participation de la part de quelques individus et groupes (…) Et le danger demeure de surcharger le système politique d’exigences qui étendent ses fonctions et sapent son autorité. Les exigences vis-à-vis d’un gouvernement démocratique augmentent, alors que la capacité d’un gouvernement démocratique stagne P. Cours-Salies, A la prochaine… éd. Syllepse, p. 109-113.
- 19– Selon un rapport de l’OIT de 2018, l’économie informelle emploie plus de 60 pour cent de la population active dans le monde. Pour qui évoque le commerce mondial, 93 pour cent de l’emploi informel dans le monde se trouvent dans les pays émergents et en développement. En Afrique, 85,8 pour cent des emplois sont informels. La proportion est de 68,2 pour cent en Asie et Pacifique, de 68,6 pour cent dans les Etats arabes, 40,0 pour cent pour les Amériques et 25,1 pour cent en Europe et en Asie centrale. La majorité d’entre eux sont privés de protection sociale, de droits au travail et de conditions de travail décentes https://www.ilo.org/fr/resource/news/l%E2%80%99%C3%A9conomie-informelle-emploie-plus-de-60-pour-cent-de-la-population-active
- 20– Restée hors des informations et commentaires publics, elle eut lieu à l’initiative de la gauche de la CFDT. Cette commune expérience avait multiplié les contacts téléphoniques entre plus d’une trentaine d’unions départementales et de multiples syndicats. D’où le besoin, dès le soutien apporté au Plan Juppé par Nicole Notat, Secrétaire générale, d’avoir une sorte de secrétariat assurant les liaisons entre syndicalistes pour s’informer, discuter des suites. Une conséquence : le constat assez rapide que la succession des manifestations finirait par user à l’approche de Noël. Une idée fût donc formulée : faisons à Paris une grande manifestation convergente vers le centre et restons-y. Nous lui dirons « nous n’en partirons pas tant que le Plan Juppé ne sera pas retiré ». Cette hypothèse dynamique, soumise aux diverses conférences téléphoniques qui permettaient de vérifier si elle plaisait et dans combien de villes cela pouvait se traduire par un sit-in devant les Préfectures ou les sièges de députés de droite.
- 21– De 1975 à 1995, la CGT perd 75 % de ses adhérents. Elle recueillait 32 % des voix aux élections pour les comités d’entreprises en 1981-1982. Elle n’en obtient plus que 22 % dix ans plus tard. Les licenciements de délégués censés pourtant être « protégés » se comptent par dizaines de milliers. La crainte des représailles patronales devient le premier motif de non-syndicalisation avoué par les salarié·es du privé. Le collectif militant de la CGT présente de plus en plus une image inversée du salariat : vieillissant et majoritairement masculin, plus souvent issu du secteur public et des catégories les plus stables du salariat, il n’est plus en adéquation avec celles et ceux qu’il doit représenter et organiser. Article de revue Démarchandiser le travail pour contrecarrer le capital Par Maryse Dumas https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2022– Dans une option de consolidation d’un syndicalisme qui réponde à la réalité : À la fin du XXe siècle, devant l’offensive néolibérale, le rapport de forces devient très défavorable aux salariés. La CGT estime alors le moment venu de construire une nouvelle vision de la condition salariale susceptible de donner des perspectives aux luttes et de rééquilibrer les rapports de forces en faveur de celles et ceux qui vivent de leur travail. Elle met alors en cohérence ses propositions revendicatives pour gagner un « Nouveau statut du travail salarié » et passer ainsi d’une démarche syndicale en « défense » à une démarche en « conquête ».
- 22– En 1999 ont lieu deux grandes manifestations : la marche mondiale des femmes et la marche internationale contre le chômage à Cologne.
- 23– « Construisons une sécurité sociale du XXIe siècle » titre d’un article remarquable de Gérard Gourguechon, dans Utopiques, 12, revue de L’Union syndicale Solidaires. De même, la brochure Réformes des retraites et lutte des classes https://www.lesutopiques.org/reformes-des-retraites-et-lutte-des-classes/
- 24– Pierre Cours-Salies, coordination – La liberté du travail ; réd. par Mateo Alaluf, Sylvain Broccolichi, Christophe Dejours… Y. Schwartz, Jean-Marie Vincent… — 1995 –éd. Syllepse
P. C-S, avec René Mouriaux L’Unité syndicale en France (1997). éd. Syllepse
Pierre Cours-Salies, Stéphane Le Lay (dir.), Le bas de l’échelle. La construction sociale des situations subalternes, Erès, coll. « Questions vives sur la banlieue », 2006.
P. C-S René Mouriaux rééd du livre de Pouget et Pataud de 1909, Comment nous ferons la révolution (1995, éd. Syllepse P. C-S avec René Lourau et René Mouriaux rééd. d’Henri Lefebvre, Mai 68, l’irruption… (1998). éd. Syllepse - 25– https://www.sante-et-travail.fr › ne-lachons-pas-travail. Lire aussi Thomas Coutrot Co-auteur : Coralie Perez Redonner du sens au travail Une aspiration révolutionnaire, Seuil, 2022. Rappelons les Assises de la santé et sécurité des travailleurs et travailleuses des 13 et 14 mars 2024 ; et les documents de la campagne La sécurité sociale a 75 ans ! reprise cette année où elle a 80 ans. https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/la-securite-sociale-a-75-ans ; ainsi que Jean Claude Chailley de la Convergence Nationale des services publics https://www.convergence-sp.fr/ 14 octobre 2020, par Jean Claude Chailley : « La Sécurité sociale est le fruit d’un très long combat. »
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