La neige et le froid déjà là rendent la traversée de la frontière de Montgenèvre par les personnes migrantes de plus en plus risquée. Jean-Paul Leroux rappelle que la politique de l’État est dans l’impasse. Ce sont les bénévoles qui suppléent l’incurie préfectorale. La mobilisation militante est une nécessité vitale.

Une lutte intense et sans fin sur la frontière de Montgenèvre

Par Jean-Paul Leroux. Le 8 novembre 2025

Une traversée de plus en plus risquée

L’arrivée prochaine de la neige et le froid déjà là rendent la traversée de la frontière par les personnes migrantes de plus en plus risquée.

Pour éviter les accidents, des volontaires balisent les chemins et mettent en place de panneaux indicateurs pour diminuer les erreurs de parcours.

La Police aux frontières (PAF), malgré l’augmentation de ses effectifs, n’arrive pas à empêcher ces personnes de passer ni à les renvoyer en Italie. Rien n’arrête cette arrivée migratoire.

Un dispositif d’hébergement d’urgence public inexistant

Certains soirs, le Refuge Solidaire accueille plus de 150 personnes ! C’est une charge difficile à gérer dans des locaux sous-dimensionnés et aux installations sanitaires vieillissantes.

L’association « Refuges Solidaires » a décidé de se battre pour obtenir un dispositif d’hébergement d’urgence public adapté. C’est l’État qui devrait prendre en charge ces arrivant·es qui demandent l’asile et les MNA. Or, ce sont les associations qui font son travail. Le gouvernement qui conduit une politique anti-migratoire massive est sourd aux revendications des associations briançonnaises.

Le 27 octobre, une rencontre entre le Préfet et les associations – Refuges Solidaires, Médecins de Monde, Tous Migrants – n’a pas vraiment abouti. La préfecture est restée évasive sur les solutions possibles.

Une politique dans l’impasse

Or, si le refuge refusait d’admettre des personnes une fois atteinte la capacité normale, les rues de Briançon seraient toutes les nuits remplies de SDF. Entre avril et septembre 2025, plus de 2 700 personnes en besoin d’hébergement ont été signalées au 115, sans résultat !

Ce que ne veulent pas comprendre les services publics, c’est que leur politique est dans une impasse dont ils portent la responsabilité. Les bénévoles s’épuisent à remplir une fonction, celle du 115, et lorsqu’ils sont épuisés, le travail d’accueil n’est plus pris en charge. Les risques de drames sont donc augmentés. Tout l’argent passe à maintenir des effectifs de police sur la frontière. Ils ne parviennent pourtant pas à endiguer le flux migratoire.

De son côté, l’Italie qui reçoit beaucoup de migrants, ne tient pas particulièrement à les garder en totalité. Un incident récent l’a mis en lumière.

Une famille de Côte d’Ivoire (avec deux enfants de 2 et 4 ans), depuis deux ans sur le sol français, habitait Gap. Déboutée du droit d’asile, mais en recours, elle a été emmenée manu-militari à 6 h du matin à la PAF de Montgenèvre. Celle-ci a demandé à la police italienne de venir les chercher. Soi-disant, ils avaient été trouvés en train de franchir la frontière dans la montagne. Hébergée à Oulx, la famille a attendu 24 heures que la mobilisation des bénévoles et des avocates permettent d’alerter la police italienne. Cette dernière, furieuse de s’être fait rouler, a ramené la famille en France. Les négociations entre les deux polices ont duré la journée ! Les bénévoles ont ramené tous les membres de la famille à Gap.

Nouvelle manifestation

L’entrevue préfectorale n’ayant pas apporté un début de réponse, les associations ont organisé, le 5 novembre, sur Briançon une manifestation de 150 personnes pour obtenir un hébergement d’État adapté avant l’hiver.

Pour compléter ces faits, un rapport très alarmant de la contrôleuse générale des lieux de privation et de liberté est sorti le 6 novembre. Il concerne les conditions de retenue des personnes dans les locaux de rétention non adaptés de la PAF de Montgenèvre. Il s’agit de simples préfabriqués qualifiés d’indignes dans le rapport. Selon celui-ci, les geôles « sont trop petites, mal ventilées, dépourvues de sanitaires, de point d’eau et de bouton d’appel. » Médecins du monde – association présente quotidiennement sur la frontière – souligne également qu’il n’existe pas de procédure claire pour l’accès aux soins.

Une lutte incessante

Cette lutte entre la défense du droit, pour un accueil digne et contre une politique déshumanisante et dangereuse, est de tous les instants.

La mobilisation militante, sans trêve et sans repos, est une nécessité vitale si l’on promeut une lutte effective contre toutes les dérives des politiques mises en œuvre par les Darmanin et Retailleau.

Elles ne font qu’augmenter la souffrance des personnes migrantes.

Elles ne servent qu’à alimenter les idées d’extrême droite.

Les luttes incessantes pour un accueil digne et leur popularisation s’avèrent nécessaires et précieuses contre ces pratiques et ces idées nauséabondes.

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